Humeur et (un peu d') humour
Le mot est à la mode, on n'entend plus que lui. Régulation aussi, ça va sans dire.
Et pourtant... Lorsque les Nordiques sont entrés au Conseil de l'UE, ils avaient le même mot - transparence - à la bouche. On allait diffuser le maximum de comptes-rendus, tout rendre public,
convoquer le Net, la radio et la TV. Fort bien ; mais si vous êtes assez naïf pour croire qu'en politique on peut se passer des petits arrangements entre amis, c'est que vous croyez encore à
Saint-Nicolas. Et je ne parle évidemment pas des arrangements de coquins et de copains, ou des malversations à la Charleroi, non, point du tout, simplement l'évidence qu'il faut toujours composer
avec l'adversaire ou le partenaire. Un pur, par contre, considère (comme en '68) que les compromis sont des compromissions, voyez Jean-Marc Rouillan qui revendique ses assassinats (à ce sujet, on
ne peut que se féliciter que ce dinosaure ait été sorti de son Jurassic Park, non qu'il puisse changer d'avis - sa cervelle est restée au Mésozoïque - mais pour savoir si le grand parti
anti-capitaliste dont rêvent le facteur joufflu et, c'est triste à dire, Daniel Cohn-Bendit va faire figurer un ou des assassins parmi ses membres fondateurs - PS on l'y a refourré, dans son
Jurassic Park. Je le regrette sincèrement. PS : on a refourré Rouillan au placard pour des motifs un peu byzantins et pas très glorieux pour la justice française. Pourquoi pas rétablir la
peine de mort, tant qu'on y est ? Fin du PS.
Alors, dans le panoptique, comment régler ces petits renvois d'ascenseur ou partages d'influence ? Ben, à table, tout simplement, dans les magnifiques salons du 80 pour les Grands (ministres,
etc), au restau ou à la cafétéria - voire au bar du 50 - pour les moins haut gradés.
Exigeons des micros dans tous les lieux publics !
Dan Ariely rappelait dans un livre bien amusant, que les autorités fédérales américaines avaient en 1993
contraint les sociétés du cru à publier les salaires et avantages de leur top management, pour mettre le holà à l'invraisemblable spirale haussière : si en 1976, le CEO moyen gagnait 36
fois le salaire d'un employé moyen, on en était en 1993 à un coefficient de 131. Et que pensez-vous qu'il advint ? Eh oui, lesdits CEO se mirent à exiger nettement plus que leurs homologues afin
de ne pas passer pour des paltoquets. En 2007, le coefficient est passé à 369, transparence oblige. Et Ariely de rappeler le mot de H.L. Mencken : "chaque homme n'est satisfait de son salaire que s'il gagne plus que le
mari de la soeur de sa femme" - son beauf, quoi.
Pierre-Noël Giraud publie dans Le Monde un petit article très cynique, très jouissif et très exact (bien éloigné du pompeux article du pesant Henri Weber), où il faisait remarquer
l'inéquitabilité absolue du marché financier (ou plus exactement de la finance de marché). Alors, la transparence ou la réglementation... On peut aussi objecter que si les spécialistes les plus
pointus des banques et des institutions financières, habitués à évaluer les risques et manipuler des milliards, si ces gens-là n'ont pas bien mesuré leurs mises, alors que vont faire quelques
fonctionnaires bureaucrates, même de haut rang, même très compétents ? Ah oui, les tradeurs n'ont agi que par cupidité, voilà qui explique tout ! Enfin, qui n'explique rien : d'abord, c'est
normal qu'ils cherchent leur intérêt, et leur intérêt n'est certainement pas un titre qui dévisse de 80%... Quant à la réglementation, ayons tout de même à l'esprit les réflexions de Tyler Cowen
: Too Few Regulations ? No, Just Ineffective Ones.
Cela dit, je me réjouis de voir que des économistes distingués avouent ne rien
comprendre à la crise actuelle. Mais peut-être voient-ils trop l'homo economicus, peut-être lisent-ils trop Tim Harford et pas assez Dan
Ariely...