Qu'est-ce qu'ils peuvent bien projeter, ces deux-là ? Rétablir la messe en latin ? Etablir un concordat ? Rechristianiser la France ? Passer la soirée au
Crazy Horse ?
N'ayant pas subi l'enseignement catholique, je ne suis pas spécialement anti-clérical ; j'aime beaucoup fréquenter les églises (surtout en Italie) et il m'arrive même d'assister à l'une ou l'autre
messe (surtout des messes de requiem, hélas hélas, on ne rajeunit pas, mais à l'occasion aussi une messe de mariage pour bien me rappeler que nous ne sommes pas sur Terre pour rigoler : je me
souviendrai longtemps de ce mariage à Blois, interminable ! Et j'avais derrière moi un officier en grand uniforme qui chantait très faux et très fort, un vrai supplice). Je le dirai tout net
: c'était mieux en latin, et avec un véritable maître-autel, pas un de ces bricolages "modernes", trois planches de mérisier assemblées par un cadre de fer forgé dégueu, comme on les voyait déjà
dans les dessins de Cabu des années '70. C'est un lieu commun, mais tant pis, je le répéterai : au moins en latin soit on ne comprenait pas, soit on rafraîchissait son latin, tandis qu'en français
on ne peut qu'être consterné par la stupidité des dialogues et choqué par ce tutoyement constant.
Donc, s'ils complotent pour rétablir le latin, ce n'est pas moi qui vais protester. De toutes façons, les querelles internes des fidéistes me laissent de glace, et je ne vois pas pourquoi on
devrait se scandaliser de la prière pour la christianisation des Juifs dès lors que je sais de source sûre qu'il y a des gens qui prient pour ma conversion (et celle de tous les athées de
manière plus générale). Après tout, pour Armageddon, il faut mobiliser tous les bataillons. Que ça fâche les rabbins, sans doute, mais je n'ai pas plus (ni moins) de respect pour les rabbins que
pour les curés.
Ce qui me fait bien rigoler, ce sont les quelques personnes (suivez mon regard) qui s'étranglent d'indignation que Vibrion 1er ait invité Benoît, mais qui, il y a quelques mois, se scandalisaient
que le Monarque ne daignât pas recevoir le gentil Tenzin Gyatso...
Pour ce qui est du concordat ou de la rechristianisation de la France, malgré les frémissements de narine d'Histrion 1er, j'ai tout de même de grands doutes, mais aussi quelques inquiétudes. Sans doute le Benoît est-il un fameux réactionnaire et comme tel ne se fait une image de marque qu'auprès d'un
quarteron de traditionalistes, mais on sait que notre belle jeunesse, après quatre décennies de soixante-huitardisme et l'implosion du communisme, se retrouve-t-elle orpheline de belles causes à
défendre et de valeurs spirituelles à arborer ; les baleines, c'est pour les babas cool, le crétin de panda est déjà oublié et le discours écolo finit par s'incarner dans l'achat d'une bicyclette. Non, il leur faut plus ; serait-ce la modernité de Sarko mâtinée du prestige papal ? Et quand on
entend le pape s'interroger sur le sort de la laïcité, bien sûr c'est sutor, ne ultra crepidam, mais ça me reste un peu en travers de la gorge. Ajoutez à cela l'affaire Guzzanti, et on est en droit de
s'en faire.