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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 12:14

C'est la Toussaint (enfin, on en sort tout juste), et apparemment une bonne occasion pour muser sur la mort, voire sur la Mort. Curieusement, plusieurs articles que j'ai lus ou billets que j'ai entendus tendent à se lamenter (une fois de plus ! Les jérémiades sont décidément à l'honneur) sur la disparition de la camarde. Je m'entends : sur le fait que la mort serait éjectée de notre société, qu'on la camouflerait, qu'on chercherait à la nier par tous les moyens. L'article le plus complet («La Mort est en danger de mort») se trouve dans Le Monde et sans doute un peu partout ailleurs, car il émane de Robert Redeker.

On pourrait comprendre divers agacements et sourire à une critique amusée de certains travers de nos contemporains (et de nous-mêmes), mais Redeker ne fait pas dans l'humour. Il tonne, gronde, décrète. Apparemment pour lui, le memento mori antique devrait continuer à faire trembler, les Danses Macabres devraient hanter nos artistes et nos cerveaux. Il semble faire sienne la prescription biblique d'une vie de 70 ans et s'offusque presque qu'on s'efforce de l'allonger, mais surtout qu'on veuille effacer l'idée même de la vieillesse.

Nous y voilà : vous êtes vieux, vous devez rester et paraïtre vieux. Ah, dit notre Savonarole au rabais, où est le temps où les femmes et les hommes acceptaient leurs tares, leurs infirmités et leur déchéance avec, sinon joie, au moins résignation ? Les liftings, le Viagra, la thérapeutique de substitution hormonale, les cosmétiques, le sport et les salles de fitness pour seniors, les alicaments et tout le reste ne sont que les cadeaux de Satan, car "en privant l'Homme de sa vieillesse, on prive l'Enfant de sa jeunesse", je n'exagère rien, c'est écrit presque verbatim. Et, bien entendu, il y a dans ce texte une nouvelle glorification de la jeunesse et de l'enfance (ces pauvres enfants auxquels on cache la mort parce qu'elle est laide).

Désolé, mais je ne marche pas. D'abord, cette idée de cacher la mort est un lieu commun : le jeune Bouddha n'était entouré que de gens beaux, jeunes et pétants de santé, sur ordre de son père. Et puis, à chaque enterrement en milieu catholique, on voit les pauvres mômes traînés de force pour ânonner une "intention" sur le cercueil de leur grand-père ou de leur grand'mère. Ensuite, je ne vois toujours pas pourquoi cette distinction que faisait déjà ma grand'mère il y a plus de cinquante ans entre "vieux" et "âgé" ne pourrait plus s'appliquer. On peut doucement rigoler du terme "Seniors actifs", comme on peut sincèrement s'indigner d'une société de plus en plus régulée dans un sens austère et hygiéniste (et Redeker ne perçoit que le deuxième de ces travers), mais vouloir se prévaloir d'une quelconque sacralisation de l'état de nature me semble haïssable. Certes, le rayon laiterie des supermarchés a un petit air de pharmacie joyeuse, mais peut-être est-ce aussi parce que dans nos pharmacies les médicaments proprement dits sont enfermés dans des tiroirs et seuls les produits de beauté et de santé, les émollients et les anti-âge, les chocolats laxatifs et les bonbons améliorant la mémoire, les décoctions de salsepareille et de millepertuis, les vitamines et oligo-éléments, les autobronzants et les baumes capillaires égayent l'espace public avec des slogans inouïs, des emballages étincelants et des prix scandaleux.

Ce qui fait (c'est du moins mon avis...) la grandeur de l'Homme, c'est son côté prométhéen, sa révolte contre les dieux et sa générosité avec les siens, tous les siens ; oh, bien sûr, il ne faut pas trop en faire, et on sait qu'à vouloir faire naître "l'Homme nouveau", on passe aisément de l'Utopie à la dystopie, et le berceau est trop souvent un charnier. Mais enfin, résister et se battre jusqu'au bout, n'est-ce pas plus beau, plus noble qu'accepter son sort en soupirant ?

Je connais une dame âgée de 85 ans avec qui je fais des balades à vélo (elle a arrêté le ski et le tennis il y a trois ans). Elle n'est pas difforme, elle fréquente les boutiques de mode et adore voyager. Pour Redeker, qu'elle soit anathème ! (Oui, c'est La Voie lactée, de Buñuel...)

P.S. Elle a maintenant 90 ans et est toujours la même.
 

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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 23:17
Don Du Poète

Stéphane Mallarmé

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée!
Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée,
Par le verre brûlé d’aromates et d’or, Par les carreaux glacés, hélas! mornes encor, L’aurore se jeta sur la lampe angélique. Palmes! et quand elle a montré cette relique
À ce père essayant un sourire ennemi,
La solitude bleue et stérile a frémi. Ô la berceuse, avec ta fille et l’innocence De vos pieds froids, accueille une horrible naissance: Et ta voix rappelant viole et clavecin, Avec le doigt fané presseras-tu le sein Par qui coule en blancheur sibylline la femme Pour des lèvres que l’air du vierge azur affame?
Oui, c'est vraiment rêver éveillé...
Y a-t-il plus beau que ce texte ? Ou que tout Mallarmé ?
Certes il y a aussi beau, Char, sans doute et puis Ponge, et puis Valéry, et puis tant d'autres.
Mais Mallarmé reste mon préféré. Baudelaire aussi dans un autre genre,
Il m'a fait (réellement) pleurer.
C'est selon...
Relisez-les, et donnez-moi d'autres noms...
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 21:53
La Fedis (syndicat patronal de la grande distribution belge) a décidé de frapper fort : elle va orchestrer une campagne de promotion des produits belges dans tous les supermarchés, hypermarchés et minimarchés. Achetez belge !

Eh oui, on assiste à une pareille contraction nationaliste en plein milieu d'une crise où l'on a pu constater que sans l'Europe et sans l'Euro la Belgique aurait sans doute fini comme l'Islande (demandez aux Danois ce qu'ils en pensent ! Et aux Britanniques !). Le fait est habituel chez les Français, qui flanquent régulièrement le feu à des camions italiens ou espagnols qui leur font une "concurrence déloyale", ben voyons ! Dans notre petite Terre d'héroïsme, la chose est bien plus rare...

Tout de même, précisons : pourquoi la Belgique ? Pourquoi pas la Wallonie et la Flandre (Bruxelles est un peu petit, je l'admets) ? Vous êtes Wallon, achetez wallon, que diable ! Et dans votre sous-région, en plus : les Flémallois doivent acheter du Flémallois, cré bon sang !

Je ne pense pas qu'en l'occurrence il s'agisse de crétinisme mercantiliste, mais bien plutôt d'une esquive de la Fedis, fort critiquée récemment parce que les agriculteurs accusent ses membres d'acheter leurs produits à des prix scandaleusement bas (tiens ? je croyais qu'il y avait une flambée des prix des matières premières en général et des aliments en particulier ?).

Il y aurait pourtant une solution plus simple : puisqu'il faut que les agriculteurs vendent cher des produits que les consommateurs (càd les citoyens, ce mot magique) veulent acheter le moins cher possible, eh bien que l'Etat achète toute la production à prix élevé et l'écoule sur le marché à prix très bas ! Pas plus compliqué que ça !

Ah là là... Si j'étais Premier Ministre...

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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 08:19

Dans une de ses nouvelles noires, glaçantes et extraordinairement drôles, Saki nous met en scène un orchestre de restaurant , orchestre dont la spécialité est de jouer The Chaplet, et de le jouer quinze fois par jour, jour après jour, et tout le monde se presse dans ce restaurant pour écouter The Chaplet sans même goûter la cuisine divine du grand chef français.

Je pense que le monde de la critique ciné (francophone...) a fait la même chose ; ils ont dû se murmurer «Vous savez, c'est le nouveau Jaoui-Bacri...» à l'oreille l'un de l'autre, et chacun a acquiescé, tout émoustillé, avant d'aller dire à un nouveau venu «Vous savez, c'est le nouveau Jaoui-Bacri...». La rumeur courait, s'enflait, on tenait enfin le troisième film de Jaoui (comme réalisatrice, parce qu'elle en a scénarisé d'autres, et non des moindres), après son Goût des autres très apprécié et son Comme une image, qui, s'il n'était pas une tragédie insoutenable comme le prétendait un de mes amis, était au moins bien charpenté et intelligent, encore qu'un (petit) peu racoleur. Enfin, on allait ricaner avec Bacri, l'homme de Kennedy et moi et de bien d'autres. Et comme dans The Chaplet, nos critiques se fièrent à la musique et dédaignèrent le plat de consistance... D'où un déversement d'éloges et d'étoiles (car la critique belge en est restée à cette détestable manie de distribuer des étoiles aux films, et le public à cette manie détestable  de dire qu'un film "a reçu tant d'étoiles" au lieu de lire la critique) : ici trois, là quatre et quatre encore, et trois, et deux fois quatre !

En fait d'étoiles, c'est plutôt de poussière qu'il s'agit (*). Voici un film très mince, maigre, même, qui ne sait trop où il va, mélangeant la comédie de moeurs, la leçon de politique, la comédie romantique, la grosse farce et l'immigration (entre autres !), mais le cake ne prend pas, c'est un marbré, et mal cuit, encore. Bacri semble s'auto-caricaturer, c'en devient inquiétant ; il joue le rôle d'un raté profond, d'un bras-cassé pitoyable, excessif, pas crédible. Jaoui est fatiguée, elle semble ne pas croire elle-même à une histoire totalement implausible, coincée entre un amour brisé le temps de trois plans et une soeur hystérique affreusement jouée par Pascale Arbillot.

On comprend assez vite que Jaoui a voulu faire un film "à la Woody Allen", une fable morale avec de l'humour et du sentiment, mais là, elle s'est plantée, pour le dire vulgairement (ou alors, disons qu'elle a fait un mauvais Woody Allen, comme le Maître lui-même en a commis, et plus d'un).

Quant au final, il est atterrant. Bâclé, on ne saurait dire autrement. Les trois personnages principaux sont aspirés dans un tourbillon mou (si, si, ça existe. Allez voir le film, vous comprendrez) d'images convenues de happy end (on laisse tout de même Mimouna au bord de la route, ainsi que Séverine - Sylvie - Céline ? et son gosse).

Allez plutôt voir Bled number one, de Rabah Ameur-Zaïmeche.

(*) Oui, Stardust Memories, un triste navet de Woody Allen, but read on...

 

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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 07:15

On en parlait beaucoup de cette production, Le Barbier de Séville, mise en scène par notre immmmmmense Jacques Delcuvellerie. On allait voir ce qu'on allait voir.
J'ai vu. J'aurais voulu m'enfuir après dix minutes, mais diverses raisons voulaient que je reste.

Je m'explique : tout d'abord, Le Barbier n'est pas la pièce la plus intéressante de Beaumarchais, son Mariage étant bien plus subversif et persifleur (toujours dans les limites du raisonnable, d'ailleurs. Beaumarchais est un personnage fascinant, mais sans doute pas un auteur indépassable) ; peu importe, j'avais choisi de le voir en me régalant à l'avance de cette belle langue du XVIIIe que j'aime tant. Devant la scène, au parterre, un joli clavecin français me faisait déjà frétiller de plaisir.

Ça se gâte vite. En prélude au lever de rideau, un motard en équipement complet traverse la scène en gesticulant, puis il retire son accoutrement et se met au clavecin. Aïe, me dis-je, ça commence mal, vraiment mal. Serait-ce une très vague allusion au fameux chat noir ? Mais non, c'était l'opéra, ça ! Bref. Commence alors le spectacle proprement dit. Le dispositif scénique est indigent, une espèce de bloc de béton avec l'inévitable balcon bien en évidence (quelle trouvaille !). Quand on pense qu'Anish Kapoor a été roulé dans la farine par certains pour sa scénographie belle et inventive du Pelléas ! Almaviva et Figaro, détonnant de concert, se mettent à chanter leur texte sur des airs divers, j'ai oublié précisément lesquels, en vrac du Gilbert Bécaud, le thème de la Panthère Rose, les Roses Blanches et Jeanneton prend sa faucille. Parfois, ils parlent, ou plutôt ils crient, glapissent, s'exclament, font des moulinets avec les bras, déclament faux avec force gestes. Une pitrerie généralisée, qui évidemment suscite les rires et l'approbation d'un public largement composé de classes du secondaire avec leur prof. Comble d'imagination, le piteux metteur en scène fait jouer de larges extraits du Barbiere, et toute la scène de la calomnie est interprétée dans sa version exacte dudit Barbiere. Trahison !

Certes, le Barbier n'est pas une tragédie, c'est un divertissement demandant entrain et truculence. Mais ici, on tombe au niveau de la fête de patronage, et d'ailleurs impossible de se référer aux acteurs puisqu'ils jouent atrocement faux "exprès". Sauf Bartholo, je l'admets, qui a de l'abatage et de la présence mais qui en est réduit à imiter constamment Louis de Funès et à faire des grimaces. La Jeunesse et l'Eveillé, ou le notaire, ou le claveciniste qui se révèle reuckeur tatoué méprisant la musique "classique", je n'en parlerai pas, ce serait trop cruel. Attention aussi à la diction, qui dérape dangereusement et rappelle parfois Janin et Liberski... De très nombreux passages étant, je l'ai dit, glapis, et donc incompréhensibles, finalement on ne suit plus très bien l'histoire, il faut se fier à sa mémoire.

Et c'est long... Dieu que c'est long ! Interminable. Mais soyez sûr que les critiques (qui n'éreintent jamais un spectacle théâtral, donc vivant, et je le comprends, car les acteurs font leur possible, même si le possible n'est pas trop convaincant) diront qu'ils n'ont pas vu passer le temps, que c'est un spectacle pétillant, enlevé, délicieux - et probablement décalé, le mot passe-partout le plus utilisé à tort et à travers depuis dix ans. Heureusement, roboratif est tombé dans l'oubli après avoir sévi une bonne décennie lui aussi.

Pendant le désastre (entre deux plongées dans le sommeil) je me disais que, tant qu'à "innover", "dépoussiérer", pourquoi ne pas prendre dans le texte ce qui pourrait donner un autre sens à Bartholo, plus sombre, plus tragique, même ?

Ah oui, dans le programme, on précise que si Delcuvellerie utilise Frank Zappa et le Rock Progressiste (pas "progressif", svp !), ce n'est en aucun cas pour «faire anachronique». Oh non ! bien au contraire!



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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 10:32
Vous savez - comme tous les Britanniques le savent aussi - que pour sauver la Planète, il faut n'utiliser que des langes lavables. Ça fait partie du credo écolo assez typique à la Grande-Bretagne, type végétalisme, droits des animaux etc. Et toujours la fameuse devise "On n'est pas sur Terre pour rigoler", les langes c'est sale, ça pue, mais c'est la vie, il faut la prendre à pleines mains.

Jusqu'au jour où quelqu'un décide - je ne sais pourquoi ni comment - de quantifier ces avantages incontestables et de conduire une étude. Gordon Brown devait être trop occupé pour veiller à ce qu'on suive les ordres, comme l'avait fait Nicholas Stern.

Résultat : sur 2 ans 1/2, des couches jetables sont responsables d'un rejet de 550 kg de CO2 ; pour des langes séchés à l'air libre, lavés à moins de 60°C et non renouvelés, 570 kg ; et pour des langes lavés à 90° et séchés au séchoir, 993 kg.

Le plus beau reste à venir. Terrifié par les résultats de cette étude, le gouvernement prescrit à ses fonctionnaires (y compris ceux qui sont chargés de l'information) de s'asseoir sur le dossier, voire d'adopter une attitude "défensive" envers les conclusions de l'étude. En clair, rétention d'information et présomption de falsification généralisée. C'est grave, Doc ?

C'est très grave. Il est donc admissible de colporter officiellement un mythe "vert". On s'en souviendra, à l'occasion.

L'article du Times Online se trouve ici. Bonne lecture !
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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 09:43

Regarder un film de Louis Malle, c'est prendre une leçon de cinéma. Je me le disais en revoyant Atlantic City, ce faux film noir à l'intrigue toute simple, loin des perversions scénaristiques habituelles de ce genre (où chacun trompe tous et à chaque moment). Ici, une trame linéaire, avec les embrouilles nécessaires, bien sûr, mais une fluidité incomparable, un classicisme parfait et des idées simples mais subtiles. Où Polanski réussit un extraordinaire Chinatown avec Nicholson portant son énorme bandage durant les deux tiers du film, Malle invente un tout aussi merveilleux Lancaster portant sa lâcheté de gangster miteux presque jusqu'à la fin. Chaque plan, chaque scène, chaque séquence est juste, on dirait même nécessaire, c'est comme Mozart, pas une note de trop (à l'inverse parfait de Liszt qui en met des tonnes, soit dit en passant). Pas non plus de volonté démonstrative, on glisse sur Atlantic City (que, par ailleurs j'adore comme un bonbon sucré parfaitement écoeurant) sans s'y trop attarder, deux images de destruction, c'est à peine effleuré ; on la voit à peine mais on sent bien cette ville curieuse et son Boardwalk que Woody Allen a choisi dans Sweet and Lowdown, un de ses grands films, cette ville assez sinistre en 1980 (ah, Piccoli en maître d'une triste brochette d'apprentis croupiers d'un casino minable !) et qui, vaille que vaille, s'est purgée de sa mauvaise réputation jusqu'à enfin atteindre aujourd'hui une raisonnable kitschitude de sous-Las Vegas et une semi-opulence d'outlets Versace, Hugo Boss, Armani et consorts. Même Donald Trump a investi à AC, c'est dire !

Un grand monsieur, Louis Malle.

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 19:40
Oui, ça fait un peu carabinier d'Offenbach, mais tant pis. J'ai lu et entendu tant d'âneries à ce sujet qu'après tout, une de plus...

En 1969, un match de football entre le Honduras et le Salvador a été le déclencheur d'une courte guerre entre les deux pays. Bien sûr, le football en tant que tel n'était que le prétexte à cette guerre, nourrie pas des tensions sociales et politiques, mais c'était l'occasion rêvée pour les Salvadorien de tabasser les supporters honduriens (et d'en occire quelques-uns).

Chacun sait ou devrait savoir qu'il est courant en Amérique latine et en Afrique que les spectateurs d'un bord huent et conspuent, sifflent et raillent les symboles de l'adversaire, hymne ou drapeau. Il paraît que c'est moins fréquent en Europe, je veux bien le croire, mais enfin, après tout le but dans chaque continent est bien d'écraser l'adversaire, de lui flanquer une raclée, etc. ; il suffit d'entendre le vocabulaire sportif pour constater son allure militaire, ou de voir la bouille des commentateurs pour en apprécier le beau menton martial. Après le match, d'ailleurs, les décérébrés éthyliques se répandent dans la ville pour retrouver les ennemis et les rosser à coups de manches de pioches ou de barres de fer, les deux écoles ayant leurs adeptes.

Je ne ris plus quand j'entends parler de la grande valeur du sport pour fédérer, pour rassembler et autres balivernes, sport étant ici entendu en gros comme synonyme de football. C'est un sport de brutes où se manifestent racisme, chauvinisme, particularisme et esprit de clan à un point inimaginable. Evidemment, quand un éducateur de rues tient pareil discours, il n'est pas dupe, et nous non plus, c'est du langage codé pour dire "ils vont se taper sur la gueule entre eux, comme ça ils n'auront plus envie de foutre le feu aux bagnoles".

Tout de même, un petit bémol. Les pleureuses archangéliques qui acceptent tout des "défavorisés", ça m'agace profondément. Mais comme je l'ai déjà dit, c'est un peu facile aussi de faire réciter "Nos ancêtres les Gaulois" à Mamadou et à Mokhtar, puis à flanquer leur CV à la corbeille sans lire plus loin que leur patronyme. Et on s'étonne qu'ils soient bien peu républicains... A propos, je note que pour certains, être républicain, ça veut dire se mettre au garde à vous, la narine frémissante et l'oeil humide lorsqu'on fait couler le sank'impur des salopards d'en face (comme au football, quoi). Ce sont sans doute les mêmes qui s'esclaffent ou s'indignent du patriotisme assez sordide des Amerloques. Mais il est vrai que j'ai la chance de vivre en Belgique, où la Brabançonne fait plutôt l'effet d'une blague, étant même confondue avec la Marseillaise par un de nos premiers ministres.

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part...
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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 19:15

Amoureux, artiste, savant fou ou extraterrestre, voilà ce qu'il faut être pour n'avoir pas entendu parler du fameux rapport Stern, ou Stern Review dans le texte. Ce excellent économiste a produit, à la demande personnelle de Gordon Brown (alors chancelier de l'Echiquier) un rapport où il explique froidement qu'en matière de réchauffement climatique, le BAU (business as usual) amènerait à une catastrophe épouvantable, alors qu'il suffirait de faire un (assez gros) effort de l'ordre d'un pourcent annuel du PIB mondial (ce PIB se montant à quelque chose comme 55.000 milliards de dollars en 2007, ce n'est pas rien). Entre ce prix - assez fort mais supportable - et l'apocalypse, qui pourrait hésiter ?

Une première remarque s'impose : ce rapport a été rédigé dans l'urgence et n'a pas été peer-reviewed. Ensuite, il s'inspire très évidemment des travaux de Nordhaus et al. qui ont développé un modèle informatisé DICE (Dynamic Integrated model of Climate and the Economy) ; ce modèle prend en compte de nombreuses données impliquées dans la lutte contre le réchauffement climatique et évalue le coût de chaque politique de gestion de climat qu'on lui soumet. Il est utile de noter que Nordhaus est un économiste (néo)classique, co-auteur du célèbrissime Economics de Paul Samuelson ; il a aussi écrit en 1972 un article avec James Tobin, Is Growth Obsolete ? Bref, un homme modéré, keynesien comme il est de bon ton de l'être actuellement, libéral et liberal (il n'y a qu'en France que "libéral" est une injure - pardon, c'est vrai, le mot "libéral" n'est pas usité, il n'y a qu'ultralibéral. Je reconnais que nous avons notre Hughes Le Paige qui déclarait récemment la position de la Commission européenne comme, vous l'avez deviné, ultralibérale. Quand on voit les piles de papier du JOUE publiant année après années des quantités hallucinantes de règlements, de décisions et de directives, depuis la gestion de la TVA jusqu'à la standardisation des fermetures-éclair, on se demande de quel ultralibéralisme il s'agit). Remarquons ensuite que Stern se place dans l'optique d'une évaluation coût/bénéfice qui est généralement rejetée par le noyau dur des environnementalistes, ceux qui ont une attitude presque mystique ou carrément idéologique, ce qui ne les empêche pas, par ailleurs de brandir le Stern Review comme preuve de ce qu'ils avancent.

Mais, là où Nordhaus fait jouer son modèle dans différents scénarios pour en étudier le coût et l'efficacité, Stern ne propose qu'une recette, et ce faisant, s'arrange pour que les coûts soient minorés et les dangers maximisés. En effet, chaque fois que les estimations donnent une fourchette du prix à payer par les générations futures, Stern choisit évidemment la somme la plus élevée, et n'hésite pas à l'arrondir vers le haut. D'autre part, comme toutes ces sommes s'additionnent, il est évident qu'on aboutit à un scénario worst-worst case. Chemin faisant, d'ailleurs, il revient avec la vieille rengaine des ouragans aux USA. Bref, une attitude ouvertement catastrophiste et assumée comme telle ; ainsi le BAU retenu implique de ne rien faire même pour combattre certaines conséquences inévitables d'un réchauffement tout aussi inévitable.

Cependant, ce qui a le plus retenu l'attention de nombreux économistes, c'est que Stern fixe un taux d'escompte quasiment nul pour évaluer les (possibles) dommages lointains. Autrement dit, dépenser un milliard aujourd'hui pour éviter des dégâts d'un milliard (hors inflation) dans 50, 100 ou 200 ans (il parle même à un moment de risques pouvant naître en 2800). Très peu d'économistes (mais de nombreux philosophes) peuvent accepter que la richesse générale du monde ne puisse pas suivre l'évolution moyenne du 20e siècle (qui a connu tout de même trois catastrophes mémorables : 1929 et deux guerres mondiales), et dès lors, le choix - arbitraire - de Nordhaus, 5,5%/an, est compatible avec les données de fait. La position de Stern est qu'une telle escompte conduit à diminuer la valeur (morale, en quelque sorte) que nous accordons aux générations futures, ce qui rappelle le slogan gnan-gnan et fatigué, "nous empruntons la Terre à nos enfants"... Ce qui ne l'empêche pas, par ailleurs, de postuler une croissance de la richesse globale de 1,3%/an. En fait, Nordhaus montre bien qu'il est illusoire de vouloir faire fi du taux d'intérêt normal du marché si on veut - et on le veut ! - l'appui des industriels et plus généralement du monde réel, pas seulement des ONG de choc.

Il existe des critiques beaucoup plus virulentes du Stern Review, comme celle de Bjorn Lomborg, qui fait remarquer que 1% du PIB mondial, soit environ 500 milliards de dollars, représente pas loin de dix fois ce que les Nations-Unies estiment nécessaire pour fournir à tous les habitants de la planète les besoins de base (eau potable, soins médicaux de base, habitation saine et éducation de base). Ou celle de George Reisman, qui, en bon économiste de l'école d'Autriche, vitupère le Stern Review et son dirigisme étatique...

Bien, me direz-vous, mais quelles sont les conclusions de Nordhaus ?
Les scénarios calculés sont les suivants :
- BAU : 0 (par définition, c'est la baseline)
- Programme optimal (taxation du carbone à un taux croissant) : + 3
- Kyoto pérennisé : +1 (avec les USA) ou 0 (sans les USA)
- "Stern" : -15
- "Al Gore" : -21

Les chiffres sont en milliers de milliards de dollars (trillions en anglais), un chiffre positif signifie qu'on y gagne autant de trillions, un chiffre négatif, qu'on y perd autant de trillions.

Mais, cachottier, j'ai gardé le meilleur pour la fin. Il existe un autre scénario possible, celui que Nordhaus appelle low-cost backstop, c'est-à-dire un changement de paradigme, un après-carbone, et bon marché. Géothermique, solaire, éolien, séquestration des GES, peu importe ; il donne même comme exemples (hypothétique) des arbres modifiés génétiquements pour stocker du carbone. En bref un cocktail d'idées ou un produit de brain-storming.

- Low-cost backstop : +17...

Evidemment, ce n'est qu'un modèle, ce n'est pas la vérité révélée, mais c'est un modèle "robuste".

Précisons que le modèle "optimal" envisage de taxer le carbone à 42 $/tonne (coût esimé de son externalité) dès 2007, pour arriver à 95 $ en 2050 et 207 $ en 2100 (quand Stern préconise une taxation immédiate de 350 $, autant dit autant fermer les usines tout de suite - ou, plus exactement, autant s'attendre à ce que personne ne souscrive à son plan). Une fois de plus, on se débarrasse des externalités.

Ses conclusions sont claires et assez simples, mais l'une d'entre elles me semble devoir retenir l'attention de chacun :


Whether someone is serious about tackling the global-warming problem can be readily gauged by listening to what he or she says about the carbon price. (...) To a first approximation, raising the price of carbon is a necessary and sufficient step for tackling global warming. The rest is at best rhetoric and may actually be harmful in inducing economic inefficiencies.

P.S. Un très intéressant (comme d'habitude) post d'Optimum sur le sujet

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 13:00

Ça, on le savait déjà. Mais à trop vouloir parler d'énergies "renouvelables", on oublie un peu que ce fichu deuxième principe nous fait toujours payer plus qu'on ne reçoit. Tenez, je prends un exemple tout à fait au hasard : l'éolien. Non, non, pas celui qui bouffe du béton, qui crée des centrales à charbon ou qui tue les chauves-souris, l'éolien virtuel, les pales qui tournent toutes seules. Mais qui produisent du courant, c'est-à-dire de l'énergie, et cette énergie, il faut bien la trouver quelque part. "Du vent, pardi !", allez-vous dire ; oui, certes, mais quels sont les effets de cette ponction.

Un début de réponse est donné par S.B. Roy et al. dans un article
qui n'est pas très récent, mais assez intéressant tout de même : un grand champ d'éoliennes provoquerait une élévation de la température au sol d'une moyenne journalière de 0,7°C (avec un maximum de 2°C) ainsi qu'une augmentation moyenne de la vitesse du vent au sol de l'ordre de 0,6 m/s. Cette étude est d'ailleurs confirmée par d'autres - et par le bon sens.

Est-ce à dire que l'éolien est à rejeter ? Certes non, pas plus que les technologies solaires (dont l'action à grande échelle sur l'environnement sont très mal connues, et pourraient être plus importantes encore).

Mais, une fois de plus, il faut savoir
...

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Published by cdc - dans sciences
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