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Jeudi 17 août 2006 4 17 /08 /2006 15:31
Chez nous comme chez nos voisins, la question des sans-papiers tourne au cauchemar.

En France, Sarkozy et Klarsfeld viennent de déclencher un tollé chez les "assos" (dieu que je hais cette abréviation) pour avoir dénoncé le caractère "démagogique" de leurs interventions. Et en cela, ils se trompent : les associations ne sont absolument pas démagogiques ; simplement, elles mentent, et ce pour la raison toute simple qu'elles sont militantes, et qu'un  militant n'a que faire de la "vérité" (comme il la mettra toujours lui-même entre guillemets avec un air condescendant). Le militant a un but à atteindre - voilà l'essentiel, le reste n'est que broutilles, et (presque) tous les moyens sont bons. Ceux d'entre nous qui ont connu les vieux stalinos des années 30 ou les inclassables sanglants des années 70-80 savent bien que pour eux, la notion même de vérité est du pur byzantinisme.

Et ce ne doit pas être facile à faire passer, le message que tout sans-papier a droit ipso facto à la régularisation et que tout demandeur d'asile doit l'obtenir. Pas démagogique pour un sou ! On trouve d'ailleurs beaucoup de cathos de gauche dans ces associations, avec aussi quelques frénétiques et un certain nombre de pêcheurs en eau trouble.
Between a rock and a hard place... Leur point de vue est certes très minoritaire, mais j'ai tendance à le partager - libéralisme oblige - tout en sachant qu'il est pratiquement intenable.

Et lorsque je fais part de mes inclinations à certains de mes amis de la gauche modérée, je me fais ramasser : "Tu veux faire pression sur les salaires ?"...
Par Phréoccupé - Publié dans : social
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Vendredi 3 novembre 2006 5 03 /11 /2006 14:23
Le directeur du CNCD (vous savez, le célèbre onze onze onze) était interviewé ce midi en vue de la prochaine campagne, et justement, il en parlait des campagnes, de celles qui produisent de la nourriture, et qui en produisent bien peu pour ceux qui y travaillent - je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, c'est pourtant simple : les paysans des pays pauvres sont encore plus pauvres que les autres. Cruel paradoxe, et effectivement assez scandaleux. Mais pourquoi fallait-il que, non content d'utiliser cette misérable dichotomie Nord/Sud ("les pays du Sud"), le bonhomme utilise la bonne vieille attaque devenue maintenant traditionnelle - non seulement chez les gens "de gôche" mais aussi dans toute ONG ou dans tout mouvement platement caritatif - contre la "libéralisation mondiale".

Non, non, pas contre l'ultralibéralisme, ou les excès du néolibéralisme ; la libéralisation, point. Or, ce monsieur n'est certes pas un idiot, sait bien que les grosses ONG telles qu'Oxfam ou le CCFD obtenir justement que les USA et l'Europe ouvrent leurs frontières, donc pour plus de libéralisme... Il est amusant de constater que sur ce point, ils sont en phase avec les recommandations de la Banque Mondiale, du FMI et de l'OCDE ! On sait aussi que - sauf pour le coton - la question est très controversée sur l'ampleur des bénéfices à attendre d'une telle ouverture hypothétique et très improbable ; mais il est certain que le protectionnisme vigoureux des deux larrons précités n'est en rien un remède à la malnutrition des paysans pauvres... tout en faisant l'affaire des privilégiés urbains...

Mais voilà , c'est comme le bac chez Flaubert : "Libéralisme : tonner contre".
Par Phl - Publié dans : social
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Jeudi 30 novembre 2006 4 30 /11 /2006 15:49
La casse sociale chez Volkswagen-Forest est évidemment terrible. Malheureusement, elle a entraîné aussi une casse intellectuelle assez fâcheuse, avec le grand rassemblement des Nonistes agitant leur juste cause antilibérale.

On pouvait s'y attendre, c'est M. Hutchinson qui, parlementaire socialiste européen et par ailleurs grand défenseur du service public postal - dont le belge, que le monde entier nous envie - c'est disais-je M. Hutchinson lui-même qui est monté au créneau avec quelques-uns de ses collègues nationaux pour dénoncer le manque d'Europe sociale. Et c'est parti sur les délocalisations, les patrons-voyous, les actionnaires potentats etc.

J'entendais récemment Mateo Alaluf - qui n'est pas précisément un dangereux libéral ! - analyser le discours sur les délocalisations ; pour lui, il ne s'agit que d'un discours de chantage patronal (on peut être prof et syndicaliste) car les chiffres prouvent que l'impact réel des délocalisations est faible, voire très faible. C'est vrai, voir Paul Krugman.

Alors, hier, j'ai eu le fou-rire de ma vie en entendant un ministre (ou sous-ministre, je ne sais plus) annoncer gravement qu'il allait proposer qu'une entreprise bénéficiaire ne pourrait licencier qu'après examen et autorisation de l'Etat - il reprenait en l'allégeant quelque peu le programme des Besancenot, Laguillier et consorts. La Belgique, trotskiste ?! Non, peut-être !
On imagine le topo, quand les entreprises seront gérées comme on le fait si bien à Charleroi (et pas seulement là, d'ailleurs, si j'en crois un des experts conseillant l'audit).

On est revenu à la charte de Quaregnon...
Par Phl - Publié dans : social
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Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /2007 11:46
C'est un rituel en France pour les antilibéraux (qui se déchaînent à l'occasion d'une élection dont on entend parler depuis quelque temps) de qualifier la pensée libérale de "simpliste" ou de "naïve", ce qui, par ailleurs n'est pas du tout la même chose.

La première chose à remarquer, c'est ce terme d'"antilibéraux" que se sont décerné différents groupes, de la gauche du PS aux Verts radicaux en passant pas tous les types de trotskystes (et dieu sait qu'il en existe, en France) et les deux ou trois membres du PC qui restent (je suppose les Maos aux oubliettes, mais sait-on jamais). Tous altermondialistes, bien sûr, ça fait mieux qu'antimondialistes pour des gens qui ont toujours le "Prolétaires de tous pays" à la bouche. Mais antilibéraux, par contre, pas alterlibéraux - pourtant, ça ferait plus riche ! Se définir en terme d'opposition me semble étrange, d'autant que l'extrême droite est évidemment elle aussi farouchement antilibérale, tant pour le politique que pour l'économique. Mais enfin, si ces braves gens en ont ainsi décidé, qu'il en soit fait selon leurs voeux.

Il va de soi que je ne désire pas refaire l'histoire des libéralismes, le sujet a été exposé en long et en large durant cette campagne présidentielle. Tout de même, cette qualification de "simpliste" me laisse rêveur ; ayant toujours appris à privilégier les explications simples et surtout pas ad hoc, bref à manier le fameux rasoir d'Occam, je ne comprends pas pourquoi il faudrait s'en garder en l'occurrence. Oh certes, dire que le marché arrange tout et à l'optimum* est un peu trop simple, je l'accorde, mais après tout, n'est-ce pas aussi le mode de raisonnement par lequel on arrive à la démocratie ? Car la démocratie, elle aussi, est tout de même simpliste ! Je rappelle que les démocraties antiques** recouraient au tirage au sort et à l'exercice direct du pouvoir ; plus personne ne propose un tel mécanisme, sauf peut-être quelques soixante-huitards attardés et sans doute Gérard de Sélys. Non, on a trouvé mieux, et presque aussi simple : un Homme, une Voix. Et le tour est joué ? On dira que ça aussi, ça arrange tout et à l'optimum ? Pas vraiment, mais on a essayé tant d'autres combinaisons (en dehors des dictatures pures et simples) : vote plural à la richesse, vote plural au nombre d'enfants, collèges restreints, et j'ajoute ceux-ci, et je retranche ceux-là... Discussions sans fin, aucune théorisation possible, bref pure idéologie.

Un Homme, une Voix.

Donc, le marché pur et dur ? Non, pas plus qu'il n'y a en réalité un Homme, une Voix : il faut être majeur (et là on recommence à pinailler) et capable (on élimine les aliénés, les personnes condamnées à la privation de leurs droits civiques, etc). Le marché s'encadre aussi, mais tout aussi légèrement. Si tout à coup les tribunaux se mettaient à priver un trop grand nombre de justiciables de leurs droits politiques, on ne manquerait pas d'y regarder de plus près. L'économiste le plus libéral approuvera l'existence indispensable d'une autorité anti-trust, comme le démocrate le plus sourcilleux admettra qu'il n'est pas bon d'entrer avec une arme dans un bureau de vote.

Qu'on m'entende bien : je ne dénonce pas de quelconques "effets pervers" du dirigisme, une telle dénonciation ayant généralement pour but de conforter le statu quo, on le sait bien. Une hausse du SMIC entraîne quasi-mécaniquement une hausse du chômage chez les travailleurs non qualifiés (on l'estime en France à - en gros - 10.000 emplois détruits par % de hausse du SMIC. Estimation faite par des économétristes bourgeois à la solde du grand capital peut-être, mais j'attends les chiffres des économéjoyeux prolétariens)***, voilà, il faut le savoir. Est-ce la fin du SMIC ? Certainement pas ! Les mécanismes sont simples, mais ce qui est complexe, très complexe, c'est l'arbitrage. Et c'est là que le politique intervient.

Le libéralisme est très simple ; l'anarchisme aussi, et il y a une continuité très forte entre les deux...

*encore faudrait-il définir de quel optimum on parle...
**en fait, Athènes, et peu de temps. Les révolutionnaires de 1789 avaient généralement plus d'admiration pour Sparte, qui à nos yeux, n'est pas précisément une démocratie
***ceci mériterait d'être
sérieusement nuancé - j'y reviendrai. Voir aussi Cahuc et Zylberberg, Le chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion, et spécialement le chapitre 3.
Par cdc - Publié dans : social
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Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /2008 16:33
FAO.jpg Mais avant tout, un petit conseil : allez voir sur www.monsanto.fr le rapport rédigé en réponse à l'avis du Comité de préfiguration etc., c'est assez amusant. J'ai particulièrement apprécié le petit coup de griffe sur la manière inhabituelle de traiter les citations (elles ne sont pas reprises en entier dans une annexe) ainsi que sur une certaine propension à écorcher les noms propres... Mais évidemment, ce rapport éminemment politique était attendu impatiemment par le gouvernement, et Le Grand a mis les membres du Comité sous pression ; les conclusions du texte étaient probablement prêtes avant la première réunion, je parie...

Il était normal que les producteurs de maïs aient un point de vue pour le moins différent ; ce qui est plus intéressant, l'Association française pour l'information scientifique a publié une critique sévère du fameux rapport.

Quoi qu'il en soit, il est paru dans Le Monde divers articles sur le sujet, et il était intéressant de lire les commentaires des lecteurs (c'est un sport de combat presque aussi amusant que le taekwondo). Celui qui m'a bien fait rire faisait référence à un rapport de la FAO selon lequel - d'après le poster - l'agriculture traditionnelle suffisait à nourrir le monde entier, 6 ou 9 milliards compris. Il n'y avait hélas pas de référence et je n'ai pas (encore) touvé trace de ce rapport (en fait, il s'agissait des conclusions d'une conférence organisée par des producteurs bio, et
démentie plus tard par la FAO). En revanche, j'en connais un autre que je conseille de lire. Il est très prudent - FAO et ONU obligent, après tout, ce sont des organismes très politiques - mais incontestablement positif en ce qui concerne les biotechnologies, transgénie comprise. On sera peut-être surpris d'apprendre que le chouchou du WWF (sans compter du Ramonet et, sans doute, du Bovu), j'ai nommé Cuba, avait le plus fort taux de supporters des biotechnologies, juste après l'Indonésie : 79% pour, 4% contre et 17% d'indécis ! Tous les tableaux montrent bien le gros clivage entre les pays "du Nord" et ceux "du Sud" pour faire vite (bien que je déteste cette terminologie). Evidemment, on comprend mieux la problématique en consultant le tableau des réponses à la question : "Achèteriez-vous des aliments nutritionnellement améliorés" ; que les Chinois et les Indiens répondent "oui" à environ 80% et que les Allemands et les Anglais disent "non" à un peu plus de 50% n'a rien d'extraordinaire. 

Mais sans doute le shibboleth doit-il être trouvé ailleurs ; la proposition "modifier les gènes des plantes ou des animaux est éthiquement et moralement mauvais" est approuvée par plus de 80% des Français. Le seul pays où on trouve une majorité de "pas d'accord" est la Chine, bien sûr, dont les habitants ne passent pas pour avoir beaucoup d'états d'âme et qui ont une passion culinaire... dévorante ! Comme on s'en doutait, les anti-OGM surfent sur la morale - voire sur une forme de religion - bien plus que sur des dangers supposés : l'Homme ne peut pas tout faire, il ne peut pas se prendre pour un dieu...

C'est vrai que Prométhée a payé cher son audace, mais avouez qu'il avait tout de même plus de classe qu'une
Kosciusko-Morizet embrasseuse de Bovus...          
Par cdc - Publié dans : social
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