sciences

Lundi 20 novembre 2006
Lors d'une présentation d'un livre il y a quelques jours, un jeune biologiste abordant le sujet du biomimétisme avouait son peu d'enthousiasme - pour ne pas dire plus - envers le génie génétique moderne (càd les recombinants, pour être précis), arguant du fait que la Nature n'avait jamais entrepris ce genre d'expérimentation, à savoir l'incorporation d'ADN d'organismes très éloignés, et que donc il restait très prudent voire carrément hostile à cette pratique.

Sa remarque m'a laissé songeur. Tout d'abord, cette personnalisation plus ou moins téléologique de "la Nature", habituelle chez les écolos les plus ultras, et qui prend un peu la place du Bon Dieu barbu trônant sur un nuage ; c'est très naïf, mais sans doute chevillé à l'esprit des hommes.

Mais surtout, c'est parfaitement erroné ! De la part d'un biologiste on peut s'étonner qu'il ne connaisse pas
Agrobacterium Tumefaciens qui est le spécialiste (100% naturel !) de la transgénèse, même que c'est en l'utilisant que les chercheurs ont réalisé les premier "OGM". D'autre part, les mitochondries et les chloroplastes ça fait un peu désordre ! Et puis, ça fait tout de même un certain temps qu'on connaît la présence des introns au sein de l'ADN des eukariotes, et ces introns sont souvent des fossiles
d'ADN provenant entre autres de virus ; ces mêmes virus sont innombrables et utilisent sans vergogne la machine génétique pour se reproduire. Ce brave jeune homme l'ignorait peut-être, mais le gène le plus répandu dans le génome humain, a des centaines et peut-être des milliers d'exemplaires, ets le gène pour la transcriptase inverse, qui ne sert rigoureusement à rien pour l'Homme... mais qui est essentiel pour certains virus, comme celui du Sida ! Le blé et le colza sont tous deux des hybrides (encore que pour le blé, certains polyploïdes sont sans doute d'origine humaine). Les plasmides/bactéries, les transposons et les pseudo-gènes etc., les séquences-ALU (plus d'un million dans votre génome, 10% de tout le matériel génétique !) tout montre bien que dans la nature il existe une multitude de manières d'exploiter le génome d'une espèce éloignée, mais curieusement, la seule qui à ma connaissance n'existe pas, c'est bien celle qui est prônée par les mêmes contempteurs d'OGM, à savoir la sélection artificielle - car il faut tout de même garder à l'esprit qu'à peu près aucun de nos aliments ou de nos animaux familiers n'est "naturel" ! Si vous mangez des pommes 100% "bio", dites-vous bien qu'elles ne sont qu'un fruit "inventé" par l'homme, et encore, il n'y a pas si longtemps de ça.

Mais le plus gros OGM est évidemment obtenu par le croisement de l'âne et du cheval... et, curieusement, on ne l'interdit pas !
Par cdc
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Mardi 3 avril 2007

Est-ce un paradoxe ? Tout de même une question : depuis quelques dizaines de milliers d'années, notre Terre est envahie par des primates qui savent résoudre des équations différentielles, théoriser des groupes de Lie et s'interroger sur les mérites respectifs de la relativité générale, de la théorie des cordes ou de la supraconductivité. Ils sont encore près de nous, dans la glace du cercle polaire, dans les forêts amazoniennes, dans les supermarchés du coin ou en Patagonie. Eux, c'est nous, bien évidemment, vous, moi, nos enfants et nos arrière-grands-parents. L'Homme, quoi. Pourquoi ces drôles de bêtes ont-elles ce cerveau qui leur permet tant de choses finalement peu utiles à leur reproduction ? Disciple dissident de Darwin, Wallace en avait conclu à l'existence d'un dieu instillant ce genre de capacité dans notre espèce.

Hypothèse inutile, malheureusement reprise un peu trop vite. Donc, certains, raillant la notion de "progrès", en ont conclu peut-être un peu facilement à une parfaite égalité entre l'Homme et la Bête (pour faire court).  Ou, sinon égalité, du moins simple évolution, et Darwin était le premier à s'interroger là-dessus. Oui, mais, ce sont en général les mêmes qui pleurnichent en disant que l'Homme est occupé à tuer notre bonne vieille planète... (qui en a connu d'autres !)

Soyons sérieux : bien sûr, nous sommes des Primates, bien sûr les chimpanzés sont des cousins, mais tout de même, il est un moment où les différences quantitatives deviennent qualitatives, non ? Encore ne parlais-je que de capacités cognitives, mais il en existe d'autres : la musique, la poésie, l'écriture, l'impératif catégorique... les blogs ! Ce n'est pas pour mépriser nos gentils cousins, loin de là ; ils ont leur mode de fonctionnement tout comme nous, et les Chimpanzés peuvent être d'une cruauté presque pareille à la nôtre - là, je suis d'accord que j'exagère un peu, mais ce sont tout de même de fameux salauds, et si on m'objecte les bonobos, tout ce que je peux dire, c'est qu'on ne les connaît sans doute pas assez : rappelez-vous les dauphins adulés dont on commence à savoir qu'ils ont une triste propension au "gang-rape"...

I rest my case for the nonce, but stay tuned...

Par Phl
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Mercredi 11 avril 2007
Voilà Sarko qui a encore lancé un fameux pavé dans la mare ! Il est assez difficile de savoir ce qu'il a dit exactement, car les réactions ont été immédiates et ne faisaient pas vraiment dans la dentelle. Puis, il a corrigé, glosé, amendé.
Bien entendu, on a eu droit à toute une série de mises au point "expertes"; je n'en ai pas vu émanant de l'ineffable Jacquard, le penseur pleurnichard et franciscain, mais il a sûrement dû y en avoir.

Premier point : Sarko n'a jamais parlé d'eugénisme, et l'eugénisme a été une pratique très à la mode à une certaine époque, pas seulement chez les nazis (les Suédois, notamment, ont pratiqué la stérilisation forcée à assez grande échelle).
Deuxième point : il ne faut pas mélanger l'hérédité et le constitutif. Mes chromosomes XY font de moi un homme mâle, mais cette masculinité n'est absolument pas héréditaire (je peux avoir des filles). Absolument tous mes parents, frères et soeurs ont été opérés de la cataracte relativement jeunes, et ça m'est arrivé également. Etc., etc.

Bien sûr, lorsqu'il s'agit de comportements complexes, les déterminismes génétiques sont beaucoup plus fluides et modérés - encore que le cas de l'autisme incite à la prudence. Bruno Bettelheim a causé des dommages irréparables en inventant de toutes pièces une étiologie dénonçant une responsabilité active de la "mère frigorifiante". On a été jusqu'à retirer des enfants à leur famille sous ce prétexte. Or, il semble acquis que le syndrome d'Asperger est d'origine génétique, et on s'interroge encore sur les facteurs environnementaux. "La" schizophrénie est également un cas intéressant et en pleine redécouverte.

Lorsqu'on regarde un peu en arrière, on se rend compte que les Sciences Humaines ont régné en maîtres dans la deuxième moitié du XXe siècle. "On ne naît pas femme, on le devient", les mères sont responsables de leur enfant autiste et les pères de leur fils homosexuel, etc. Le Tout-Lacanien l'emportait, mais pas seulement dans le paysage parisien, la grosse artillerie venant évidemment des USA.

On a heureusement évolué depuis, même si une poigné d'irréductibles s'entêtent dans leur pensée baba cool. J'ai lu un article du Monde, où l'auteur, pourtant bien informé, semble-t-il, écrivait tout benoîtement - dans un article virulemment anti-Sarkozyste mais pas spécialement scientifique - "Une des grandes surprises du séquençage du génome humain réside dans la découverte du petit nombre de nos gènes : moins de 30 000". Il est vrai qu'avant ce séquençage, on avait parié sur une centaine de milliers, mais sans aucune raison particulière. Et, tout de même, 30 000, c'est beaucoup. Quant à dire que c'est juste un peu plus que ceux de la Drosophile, oui, mais ce qu'il y a de plus ingénieux dans l'évolution, c'est cette capacité de recycler le vieux. Nos gènes Hox sont virtuellement les mêmes que ceux qui permettent à la Drosophile de se développer. Et puis, n'oublions tout de même pas l'épissage alternatif qui permet à un "pré-gène" (exons+introns) d'être épissé de plusieurs manières différentes - parfois plusieurs centaines ou plusieurs milliers ; comme on estime que plus de la moitié de nos gènes font l'objet d'épissages alternatifs, on dépasse allègrement les 100 000 postulés.

Alors, la pédophilie, dans tout ça ? On pourrait répondre : pourquoi pas la pêche à la ligne ? Je suis né avec les gènes du pêcheur du dimanche... Oui, mais le suicide ? Là, aucun généticien un peu sérieux ne dira : rien à voir. Axel Kahn peut caricaturer en disant "La vision d'un gène commandant un comportement complexe tel que ceux conduisant à l'agressivité, à la violence, à la délinquance, à la dépression profonde avec dérive suicidaire, est ridicule et fausse", il a raison, mais Sarko n'a jamais dit ça. Il n'y a évidemment pas UN gène qui commanderait tous ces comportements, mais comme il y a le syndrome du X fragile, ou celui de Klinefelter, ou de Down - et on peut en citer pas mal - il est évident que les comportements sont le résultat d'une double influence : génétique et environnementale. Tous les parents d'adolescents suicidaires ne sont évidemment pas de "mauvais parents".

Mais c'est tout de même mon père qui m'a appris la pêche à la ligne.
Par Phl
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Vendredi 14 septembre 2007
retine.jpg Un des premiers arguments utilisés contre Darwin, et repris même aujourd'hui par les créationnistes qui se drapent dans le fallacieux ID - Intelligent Design - était le fameux "argument de l'oeil" : comment pouvez-vous imaginer qu'un organe aussi parfait, aussi subtil, aussi délicat que l'oeil ait pu se créer "par hasard" (n'oublions pas que Darwin ne connaissait ni les mutations, ni les gènes, et qu'il se rendait d'ailleurs compte des difficultés théoriques de sa dangereuse idée). On dirait maintenant : comment pouvez-vous expliquer que cet organe aussi parfait...etc. ait pu dépendre de tant de mutations hasardeuses exactement choisies et pérennisées par la sélection naturelle.

La chanson est un peu passée de mode, mais il m'arrive de temps en temps de l'entendre fredonner. Dawkins a expliqué le processus, mais l'argument peut me semble-t-il faire l'objet d'une critique plus efficace :

Voyez-vous  la figure ci-dessus ? (vous pourrez la trouver en plus grand ici) Oui, c'est une image de la rétine ; enfin, de tout ce qui se trouve derrière la rétine, celle-ci étant la couche à la base de la figure, du côté de la lumière figurée par une flèche un peu rastafara. Cette couche véhicule les nerfs et les vaisseaux sanguins, voyez-vous, et derrière, vous retrouvez les fameux cônes et bâtonnets. Oui, derrière , ce qui serait une faute de conception invraisemblable chez un ingénieur. Evidemment, le nerf optique doit plonger autour des capteurs de lumière, donc un trou aveugle. Comme le résultat était peu satisfaisant, l'ingénieur en chef a trouvé un fix, la macula, c'est-à-dire un tout petit cercle où il y a beaucoup de capteurs mais pas de vaisseaux sanguins
- et c'est pourquoi ça ne peut pas être grand, pardi ! - plus en son centre une fovea bourrée de bâtonnets  Et, donc, vision centrale bonne, vision périphérique médiocre ; et une macula fragile, vieillissant mal. 

Recalé.

Remarquez que c'est comme ça chez les vertébrés en général (avec les oiseaux, c'est un peu différent, le technicien de service a bricolé ce qu'on appelle un pecten, mais n'entrons pas dans les détails).

Mais voici le plus piquant : vous connaissez l'oeil des céphalopodes, non ? Qui n'a pas frémi en voyant le regard froid et cruel d'une horrible pieuvre mangeuse d'homme agitant ses tentacules ? Eh bien, chez les céphalopodes, la rétine est à l'endroit, non pas par une correction de l'erreur de conception, évidemment, mais tout simplement parce que les yeux des vertébrés et les  yeux des céphalopodes sont des organes totalement différents, provenant de régions différentes et suivant un processus différent. Mais remarquablement semblables dans leur résultat (une pieuvre voit tout de même moins bien que nous).
Et donc, que deux processus indépendants ont mené à des organes extrêmement complexes à des moments très différents de l'évolution.

Mais ne croyez tout de même pas que ça va convaincre qui que ce soit !

Par cdc
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Mercredi 26 septembre 2007
birdeye.jpg Oui, promis, je ne vous ennuyerai plus à ce sujet, mais je pense qu'un petit addendum serait utile. Heureusement, l'ID n'a pas vraiment fait de ravages en Europe, mais sait-on jamais... (je n'en suis plus aussi sûr)

Figurez-vous que les zoizeaux (et la plupart des reptiles) ont dans leur rétine quatre types de cônes leur permettant de voir le monde dans des couleurs pas possibles, ça doit être un spectacle fantastique, etc. Oui, quatre types de cônes, donc.

Chez les mammifères, par contre, ça se gâte ; les tout premiers, quand ils apparaissent il y a environ 250 millions d'années, se retrouvent, les pauvrets, devant une armée de
dinosaures tout prêts à les croquer. Ils avaient donc intérêt à être petits, furtifs et nocturnes ; accessoirement, ça les aidait aussi à bouffer les oeufs de leurs ennemis puissants, féroces et sans doute un peu stupides. Le monde en couleurs, dans ce genre de vie, c'est moins intéressant que la nyctalopie, et donc nos ancêtres (lointains, tout de même) perdirent les deux cônes intermédiaires ; ne restaient plus que le bleu et l'orange, mais ça ne devait pas si mal fonctionner puisque c'est toujours ainsi que voient nombre de mammifères. 

Mais voilà qu'il y a quelque 65 millions d'années, ces fichus dinosaures
s'éteignent quasiment pour de bon ! (note pour les know-it-all : comme dit précédemment dans ce feuilleton, je sais bien que les oiseaux modernes sont techniquement des dinosaures, mais je m'en fous fiche). Voilà donc nos p'tits ancêtres qui prennent de l'importance, qui se diurnifient et qui évoluent à tout va, jusqu'à ce qu'un petit accident chromosomique, un bégayement génétique, se produise chez nos ancêtres directs, oui, ceux qui ont donné naissance aux singes, il y a quelque chose comme 40 millions d'années : le cône de l'orange se dédouble, et puis, évolution oblige, se déplace un peu dans le vert - très peu, en fait, mais assez pour rétablir un monde un peu plus Technicolor™. Pour ces bestioles frugivores, c'était tout de même mieux de pouvoir distinguer une orange d'une feuille ! Et le temps passe, et nous voici, nous les Hommes, à admirer les couchers de soleil et la TV HD, c'est-y pas merveilleux ?

Je ne voudrais pas honteusement plagier Vialatte, mais je ne peux m'empêcher de conclure :
Et c'est ainsi que Darwin est grand.
Par cdc
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