Lundi 12 février 2007
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14:43
On n'a pas souvent
l'occasion de voir des films de David Lynch - pour mémoire, il en a tourné une dizaine en trente ans. Mais à peu près chaque fois on en sort retourné (sauf pour Dune qui était totalement raté, DL n'ayant pas la fibre de l'Heroic Fantasy), et INLAND EMPIRE ne fait que le confirmer.
A la différence de Mulholland Drive - dont on pouvait reconstruire la trame et recréer le long cauchemar d'une agonisante - peu d'éléments se laissent appréhender aussi "facilement" ici - c'est le
long cauchemar d'un spectateur, inspiré par Lynch démiurge. Oui, bien sûr, on assiste à un temps circulaire et des 9h45 qui reviennent, oui, sans doute, l'histoire (?) ou une partie se déroule dans
un flash entre les paroles de Zabriskie, oui, évidemment, axxonn est ce signe habituel à Lynch, purement accidentel mais qui prend une valeur lourde grâce au réalisateur. Comment fait-il pour faire
comprendre au spectateur que la scène du bruit de plateau à 9h45 est capitale - enfin, non, pas capitale, disons seulement à coulisses et à ressort ?
C'est un film qu'il faut voir plusieurs fois, comme ses autres ; ou ne pas le voir du tout, je comprends bien, car s'il est superbe et, littéralement, prodigieux, il est aussi prodigieusement
malsain et déplaisant, mais il ne fallait pas le voir pour s'en douter !
C'est là qu'on voit tout de même ce qui sépare Lynch de Haneke...
Lundi 13 août 2007
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2007
16:12
Oui, c'est un cliché ; non, Bogey n'est pas le cinéma, mais c'est tout le même une icone du
cinéma.
Grand amateur de cinéma depuis ma prime adolescence (je n'ose me dire un cinéphile, simplement un amateur averti, aimable dilettante), j'ai acheté un projecteur la semaine même où les premiers sont
apparus à un prix certes respectable, mais au moins accessible, et il ne s'agissait plus alors de ces monstres à trois canons qui me servaient professionnellement à faire des projections
PowerPoint. Avec les DVD qui apparaissaient en nombre et, un peu plus tard, un équipement Dolby 5+1, j'avais enfin la possibilité de refaire les ciné-clubs chers à ma jeunesse. Les cassettes VHS ne
m'avaient jamais beaucoup intéressé : mauvaise qualité de l'image, usure rapide, nécessité de recourir à la TV que j'abhorre et que j'ai reléguée dans une espèce de placard, non, c'était pas
ça.
Le DVD, oui.
Maintenant, je suis comblé : on trouve une quantité extraordinaire de titres, pas seulement Ford, Melville ou Mankiewicz, mais Flaherty, Méliès, Madden, Morrissey, les ci-devant introuvables, quel
régal, donc !
Eh ben non, et je vous assure que ce ne sont pas des bouderies d'enfant gâté (oui, on trouve aussi des Lelouch) : je dois me rendre à l'évidence, voir des films à deux dans la salle HC, ce
n'est pas, mais alors pas du tout la même chose que les voir en salle - même à deux. Bien sûr, quand il y a une dizaine d'amis, c'est beaucoup mieux, almost the real thing. Almost. Même les
publicités généralement exécrées manquent à la fête, et certainement les bandes-annonces, surtout celles qui vous font ricaner "ah, çui-là je vais m'empresser d'aller le voir...". Il va sans dire
que je n'imagine pas un instant voir un film "en salle" dans ma salle ; on connaît son Truffaut, quand même !
Bah ! ça prouve après tout que je ne suis pas misanthrope ...
Mercredi 3 octobre 2007
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10:56
Chacun
sait ou a entendu dire que le film conte l'histoire d'un avortement réalisé à la fin de l'ère Ceausescu, et c'est littéralement vrai. Oui, il s'agit bien d'un avortement dans le pays du Conducator
nataliste, oui, l'histoire - on dirait presque l'anecdote - est racontée par de longs plans fixes (on hésite à parler de plans séquences) caméra à l'épaule (un léger tremblement de l'image
semble l'annoncer).
Mungiu insère diaboliquement toute une série de pièges à la thriller, depuis des cartes d'identité perdues jusqu'à un couteau à cran d'arrêt subtilisé ou à un passant qui pourrait se
révéler tout autre ; les trucs et recettes des films d'horreur sont très subtilement esquissés, et même mis en place lors de la séquence centrale où la caméra s'anime vraiment. Mais bien sûr,
rien ne se passe, sauf la pesante oppression habituelle ; pas besoin de chercher les monstres, ils sont dans la tête de tous les protagonistes, à l'exception possible d'Ottila (mais à quel
prix).
La froideur, la précision, l'économie de moyens et la puissance de suggestion engendrée justement par cette économie de moyens, tout cela est impressionnant (un petit bémol : le repas
d'anniversaire tombe un peu dans le démonstratif) ; voilà encore un film où la profusion de détails à peine ressentis se libère au souvenir (et à la discussion juste après la projection !).
Il y a plus. Bien sûr, l'omniprésence du sinistre, du glauque (on pense parfois fugacement à Kaurismäki) mais aussi de la dictature et du pouvoir, tout cela se révèle de manière très maîtrisée (on
n'est ni dans le politique, ni dans la dénonciation, ou alors sous une forme infiniment supérieure). Mais cet avortement est évidemment un apologue sur la
chute de la dictature Ceausescu : beaucoup trop tard, dans le mensonge constant (ah, Roumanie/Gabita !), dans le viol (Ottila, la conscience vide), avec un avorteur ignoble, un foetus expulsé
très vite, sans douleur, presque sans qu'on s'en rende compte... "Surtout, enterre-le !" ; ah oui, tu parles, jeté aux ordures, du plus haut d'un de ces immeubles en carton-pâte que le Génie des
Carpathes avait fait construire dans sa capitale délirante. Les deux jeunes femmes se retrouvent devant un plat de bidoche racornie et vomitive - les charniers de Timisoara ? "Nous n'en parlerons
plus jamais"... Oublier, se taire.
Mais Mungiu a rompu le contrat. Bravo.
Mercredi 21 novembre 2007
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2007
22:58
Plus encore qu'un très beau film, c'est un
grand film. Comme sans doute tous ceux de Ray. Curieux de voir ce Bengali - plus que lui, tu meurs - faire parler hindi dans un royaume musulman, à Lucknow, précisément. Le temps s'étire
chez ces petits quasi-aristocrates dévorés par leur petite passion... 1857 est loin, très loin, ils n'en ont rien à faire, ni des
Anglais non plus, ni du Raj. Dix posts n'y suffiraient pas. C'est en DVD et vous devez le voir.
Vendredi 11 janvier 2008
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20:46
Dans My Blueberry
Nights, Wong présente deux fois un espèce de tarte dégoulinante de crème glacée fondante (ou s'agit-il d'autre chose ?), bien écoeurante, une fois pour annoncer le sujet, une autre
fois pour s'en excuser, je pense. Sujet, c'est beaucoup dire, deux sketches introduits, reliés puis terminés par un beau Jude Law, que je n'aurais d'ailleurs pas reconnu. Mais voilà, Wong a dû se
dire : "USA, me voici !", et il n'en revenait pas.
Dire que les images sont aussi léchées que la crème glacée serait encore bien en-dessous de la réalité. C'en devient presque obscène. Et puis, tous les clichés sur les USA sont appelés à la
rescousse (je pense que Wong a voulu les "transcender"), depuis un sous-produit de Smoke (Hi, Wang !) pour NY jusqu'à Las Vegas (Salut, tout le monde !), en passant - c'est obligé - par Memphis,
Tennessee (Hello, Jim !), sans compter l'équipée en grosse bagnole sur les routes interminables et dans les paysages montagneux (Ne vous bousculez pas comme ça ! Ah, ciao, Wim !).
Tout le monde est bon dans ce film, malgré les apparences parfois (le coeur d'or sous les aspects faussement cyniques, c'est du jamais vu). Et qu'est-ce qu'on y philosophe ! Tous des
Deleuze ! Enfin des Deleuze genre "Life is like a chocolate box", sauf qu'ici ce serait plutôt "Life is like a blueberry pie". Ça craint.
Dernier coup, et puis on s'en va, ça ne vaut pas la peine de s'acharner : photo à la tremblote, et je te la mets tous les 3 plans, néons multicolores et trains rugissant dans la nuit, le truc de
Happy Together, de Chungking Express et de Fallen Angels, ça fatigue, à la fin, Karwai ! Et puis, la musique... cette fois c'est raté, et pourtant, Ry Cooder...
Deuxième ratage de Wong avec 2046; ça commence à sentir le sapin...