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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 23:20

Comme après Three Mile Island et Tchernobyl, il y aura certainement un après-Fukushima. Le choix du bord de mer pour y implanter les réacteurs était certes séduisant techniquement et économiquement (*), mais assez absurde dans un pays accoutumé aux tsunamis. Les centrales de 2e génération, et peut-être plus encore les réacteurs à eau bouillante ne sont probablement pas assez sûrs en cas de cataclysme majeur. Il faudra analyser tout cela sans évidemment écouter les cris perçants de ceux pour qui la messe est déjà dite (remarquons que certains cris provenaient au début des régulateurs étrangers - français notamment, et même d'un DG de l'AIEA).

 

En attendant, quid de l'accident lui-même ? On l'avait journalistiquement (sous le couvert des régulateurs que j'ai mentionnés) placé au niveau 7, le plus élevé, celui de Tchernobyl, et ceci avait fortement étonné les spécialistes (et les journalistes scientifiques) car les deux accidents étaient très différents : à Tchernobyl, le coeur avait explosé, causant une contamination intense et extensive. A Fukushima, on suspecte une enceinte de coeur fissurée et une piscine de stockage à sec ou en tous cas pas assez remplie. Les rejets radioactifs sont faibles, mais, précaution oblige, la zone d'évacuation a été importante (moins pour les niveaux de radioactivité réels que pour le risque d'un accident plus grave). Mais Tchernobyl était le joyau de la technologie soviétique, la Lada des centrales, le Tupolev 144 des réacteurs, une machine incroyablement dangereuse et instable servie par un personnel complètement incompétent. Le régulateur japonais, lui, avait mis l'accident au niveau 4, pour le relever à 5 quelques jours plus tard. Pourquoi alors les diplomates occidentaux ont-ils encouragé leurs nationaux à prendre la poudre d'escampette ? La BBC nous apprend le scénario choisi par le conseiller scientifique en chef du Royaume-Uni :

"J'ai pris en compte le scénario worst-case de piscine à sec émettant une forte radioactivité, avec plusieurs fusions de coeur de réacteurs. En plus, nous avons imaginé le pire scénario météorologique - des vents en direction de Tokyo. Notez que d'après notre estimation, même des mesures très simples telles que rester chez soi fenêtres fermées aurait suffi à diminuer le risque dans la région de Tokyo".

 

Et voilà comment on gère l'information et on accuse les gouvernement japonais de faire de la rétention d'information...

 

On (le Pr. Wakeford, épidémiologiste à l'Université de Manchester) a calculé que le premier accident de niveau 5, à Windscale (1957) pourrait avoir causé un surplus de 240 cas de cancer, dont la moitié pourraient être fatals. Par contre, en ce qui concerne Three Mile Island, il n'y a probablement aucun cancer qui peut lui être imputé, la raison de son classement au niveau 5 provenant du fait que l'accident était potentiellement grave : une fusion du coeur. Mais comme le font valoir les non-opposants au nucléaire, la fusion partielle a été contenue. De même à Fukushima, où malgré une conception ancienne de la centrale, et un double cataclysme dont les conséquences effroyables passent presque après les nouvelles de la centrale, les autorités ont finalement pu - au prix d'efforts énormes, c'est vrai - probablement maîtriser l'essentiel des risques. La concentration en Iode-131 (demi-vie 8 jours) diminue rapidement et les mesures de radiation donnaient 500 microsievert/h sur la site, soit en-dessous du seuil d'alerte (ce qui n'empêche pas Greenpeace d'imaginer des scénarios qui ne sont plus worst-case mais carrément apocalyptiques). Le rétablissement du courant électrique semble avoir mis fin aux risques majeurs. Le Pr. Wakeford cité plus haut estime qu'il est possible qu'on ne puisse pas attribuer une seule mort à l'accident de Fukushima, dans la mesure où les "liquidateurs" ont subi des doses de l'ordre de 100-150 millisieverts, ce qui représente une malchance de 1% de développer un cancer grave pendant une vie - avec un risque "naturel" de l'ordre de 20 à 25%. Et il n'imagine pas qu'il existe un risque quelconque pour la population en général.

 

Cataclysme, mauvais endroit, conception ancienne (il y a actuellement des projets de centrales beaucoup plus fail-safe) et pas un seul mort. C'est tellement dangereux que ça, les centrales nucléaires ?

 

(*) pas besoin de tours de refroidissement, acheminement des matériaux par la mer.

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Published by cdc - dans sciences
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commentaires

Sceptique 22/03/2011 06:14



Votre "contre-enquête", bien argumentée est très intéressante. On peut contester le choix des japonais d'avoir installé des centrales au bord de la mer, sous-évaluant, à partir de leur mémoire,
l'importance, tant des secousses sismiques que du tsunami possible. Apparemment, leur mémoire collective n'avait pas retenu la possibilité d'un tel séisme. Ces défaillances de la mémoire "orale"
ne manquent pas d'exemples, un peu partout dans le monde. En ce qui concerne le Japon, j'ai l'impression qu'ils ont du faire la découverte des inconvénients de nos constructions en dur, qu'ils
ont adoptées à la fin du dix-neuvième siècle. Le tremblement de terre de 1923 les a fait adopter des normes de construction anti-sismique draconiennes, dont l'intérêt est aujourd'hui évident.


Avec notre inscription dans notre constitution du "principe de précaution", nous ne sommes plus si loin de prévoir des séismes de force 10 en Île de France, et un tsunami s'engouffrant dans la
rade de Brest! Ce sera peut-être pour la prochaine présidence!



cdc 22/03/2011 18:00



Oui, ça me rappelle un Arsène Lupin, La Barre y va, avec un mascaret de force 8...