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Voilà un film annoncé avec éclat (au moins pour les amateurs) : Grand Prix de la semaine de la critique à Cannes et Grand Prix du festival de Deauville, bref, de beaux points pour un film incontestablement Indie du cinéma US, un peu comme Frozen River ou Winter Bones. Indie mais pas confidentiel pour autant : son box-office est excellent et ce soir, la salle était comble (une assez petite salle, pas le grand Eldorado, mais passe encore...).
Tout se passe dans une petite famille relativement américaine de l'Ohio (pas dans le Sud profond de Shotgun Stories du même réalisateur, Jeff Nichols) ; relativement américaine, en ce qu'elle n'est pas pour une fois middle class, mais ouvrière et upper lower class (comme certains personnages de Cassavetes - ici, le personnage de Curtis est contremaître). Pour une fois, le couple n'a pas ses deux enfants habituels mais une seule fille, profondément sourde de surcroît, d'où l'apprentissage de l'enfant et de ses parents à l'ALS (American Signing Language). Ce pourrait être un gimmick, un "truc" mais ça se révèle dans les dernières secondes du film. Il y a une toute petite scène du genre critique de l'Americana où Curtis se fait tancer de ne pas avoir été à l'église et où les personnes autour de la table devraient joindre les mains pour réciter le benedicite, mais c'est extrêmement fugace, juste un petit rappel.
Rien de frappant dans la mise en scène, dans le découpage, dans les cadrages. Certes, de belles images, parfois, mais très sèches, jamais léchées ni ultra-saturées comme celles des caméras numériques (Nichols, dans un entretien avec Les Cahiers, prend bien soin de se distancier du général plan large/plan moyen/plan serré, sans parler de l'habituel et affreux champ/contrechamp qui pouvait faire le bonheur et la magnificence des réalisateurs jusqu'à, disons, les années 60, sauf exceptions géniales). Du CGI, oui, pourquoi pas (les vols d'oiseaux, par exemple, très lourds au meilleur sens du terme).
Mais l'essentiel : où est Curtis ? D'où parle-t-il ? Un psychotique ou un medium ? Evidemment, la mediumnité, ce n'est pas mon truc - ni apparemment celle de Nichols. A-t'il entraîné sa famille dans son fantasme ? (ceci soutenu par MVdH, un ami avec lequel nous avons vu le film). Est-ce une parabole sur la société américaine comme le propose ma compagne C. (ce que récuse Nichols qui estime qu'il n'y a pas de solution de continuité entre les USA et le reste du monde) ? Et si c'était simplement une immense psychose imposée par - justement - notre psuchè sur la "Nature" où nous voulons voir cet ultime cataclysme : le Dernier Orage à trois trombes, improbable et même impossible ? A force de nous concentrer sur la catastrophe, ne la créons-nous pas ?
Je ne pense vraiment pas que ce soit le propos du réalisateur, mais mais mais... sait-on jamais ?