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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 00:37

C'est le troisème film de Gomes dont je n'ai hélas pas vu les deux premiers. On en trouvera une analyse très fine chez Chronicart.

 

Qu'y ajouter ? Je vois dans ce film une exposition de la misère, misère financière d'Aurora qui perd tout son argent dans un casino après avoir perdu celui de son père, mais surtout misère morale de tous et de toutes, Aurora perdue et meurtrière, Aurora mourante et délaissée par sa fille jusque mais non y compris sa mort, misère morale de Santa, Mozambicaine raide et "sainte", intercessionnaire entre Aurora, sa fille invisible et couronnant sa mère à sa sépulture, et Pilar, la voisine, offrant un dérisoire gâteau à la carotte et sans doute une espèce de cava à celle qu'elle a pris sous sa protection. Misère aussi de la colonisation portuguaise au Mozambique, où les colons sont montrés avec une certaine, comment dirais-je, non pas tendresse ni méchanceté ni mépris, mais tels qu'ils l'ont sans doute été. Et les Africains sont montrés aussi avec leur misère, leur soumission et leur tristesse - voir l'exil du cuisinier. Misère aussi de la relation entre Aurora et Ventura (ventura, le bien-nommé...) qui se fracasse. Et enfin, misère du Portugal qui se débat dans sa crise financière et misère des quelques protestataires et de leur minable manif - où Pilar récite en contrepoint une interminable et vaine prière à Saint Antoine, censé tout guérir et tout apaiser...

 

Flamboyant mélodrame comme sans doute Les mystères de Lisbonne, Tabu (qui, on le sait, emprunte beaucoup au concept, mais pas au film de Murnau) mêle merveilleusement la voix off et de très belles séquences confondant réalisme et faux réalisme. Les acteurs parfois jouent appuyé, puis sont réels, selon ce que Gomes voulait montrer, histoire ou document d'exposition. Les scènes dialoguées sont jouées faux, les scènes en voix off sont réalistes. Plaisir aussi de revoir un film en 4:3 et dans un N&B pas particulièrement chiadé mais subtilement étalonné dans les gris d'un Lisbonne pluvieux et les contrastes d'un Mozambique de soleil.

 

Formellement, il me semble évidemment que Gomes s'est inspiré des films de Marguerite Duras, India song ou Le camion. Longues scènes, voix off, musique...

 

Très remontée contre le film, M. assure avoir vu une montre au poignet d'un Africain dansant un chant de Mort lorsque le triste explorateur va se faire bouffer par un crocodile, ledit triste explorateur voulant rejoindre sa compagne décédée qui lui est apparue lors d'un très beau prélude. C'est possible. Et il est tout aussi vrai que la chasse aux gros ne se fait pas avec une petite carabine, mais avec un fusil de gros calibre qui rompt la clavicule si on ne l'a pas bien appuyé à l'épaule. Mais j'aurais l'intrépidité de penser que Gomes a voulu souligner la légèreté de l'être d'Aurora à cet instant, celui où elle perd sa valeur de chasseur.

 

Un très joli parallèle de la scène où, dans le cinéma, Pilar, à côté de son triste peintre quelque peu raté, pleure en entendant une chanson - Be my, Be my Baby - qui sera reprise par Ventura avant son départ. Et puis aussi, ces moments de merveilleux où le film s'égare dans de voies improbables, le rêve de Victoria, l'alcoolique qui joue (et finira par perdre) à la roulette russe une fois par an et son fils dérangé qui prend des adversaires imaginaires à la boxe française, sans parler de l'extraordinaire trouvaille de prendre la mort de Màrio comme cause déclenchante de la guerre de libération, et la rencontre de Taizé où une improbable Maya polonaise refuse l'hospitalité de Pilar pour des raisons mystérieuses, se faisant passer pour une autre en toute transparence. Et dix autres allusions, clins d'oeil, le crocodile Dandy (Crocodile Dundee ? mais aussi dandy que Ventura le bellâtre, version pommadée de Patrick Dewaere, reuckeur à la Pétillon d'un misérable orchestre années soixante).

 

Cela dit, je ne comprends pa encore pourquoi un bon film comme celui-ci a été tellement plébiscité et même porté au pavois par toute la critique bruxelloise. Bon film, certes, mais nullement égal à ce qu'en disent ses thuriféraires.

 

Mais j'y ai passé une bonne soirée.

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Published by cdc - dans cinéma
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