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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 11:08

belgique

 

(et voici son futur nouveau drapeau...)

 

Je ne comprends vraiment pas pourquoi ni comment les politiques francophones de ce pays refusent de voir les choses en face : les Flamands veulent l'indépendance de la République flamande, et quand bien même on alignerait sondage après sondage pour dire que non, enfin oui, c'est-à-dire pas tous, mais certainement une grande autonomie, etc. il n'en reste pas moins que tous les hommes politiques importants et, ce qui est nouveau, tous les éditorialistes flamands envisagent une scission avec sérieux, voire sympathie. Tordons tout de suite le cou à un mythe, celui de la "confédération" : notre prof de DIP nous avait bien rappelé qu'une confédération était une union politique d'Etats souverains, qu'il y en avait peu d'exemples dans l'histoire et que la Confédération helvétique n'en était pas une. On pourrait évidemment imaginer une telle confédération, mais alors postérieure à une indépendance d'un Etat flamand.

 

Qu'on m'entende bien : je n'ai nulle sympathie envers les récriminations nationalistes flamandes et je ne me réjouis pas de devoir envisager la scission du pays ; comme quasiment tous les Belges, j'ai de nombreux ascendants de tous bords - même espagnols - et la Flandre fait incontestablement partie de l'histoire européenne (la dénomination même de Flandre au quinzième siècle était assez vaste et surprenante pour les modernes que nous sommes). Je n'ai nulle sympathie pour les nationalismes quels qu'ils soient, mais je peux les comprendre lorsqu'il s'agit de défendre une langue, une culture qu'on estime menacées (sans parler évidemment des réactions de nations dominées - ce qui n'est tout de même pas le cas des Flamands). Alain Finkielkraut - avec lequel on peut parfaitement ne pas être toujours d'accord - nous rappelle dans de nombreux ouvrages la hantise de petites nations d'être absorbées par des voisins plus puissants, voire plus prestigieux. Le bilinguisme traditionnel des Flamands comme le monolinguisme regrettable des francophones ne s'explique pas autrement : Kafka écrivait en allemand, la grande majorité des Néerlandais et des Nordiques parlent couramment l'anglais, etc. Mais un ami Danois me rappelait que le danois était pour lui la plus belle langue du mondes, et il me le disait dans un anglais impeccable.

 

Il y a quelques jours, M. Eric Defoort - co-fondateur et homme éminent de la NVA - avait fait un tabac dans une émission de la VRT consacrée au plan B comme on l'appelle ici, soit la fameuse scission. On se souvient peut-être d'une autre émission de la RTBF cette fois, qui mettait en scène il y a quelques mois un coup d'Etat flamand proclamant unilatéralement l'indépendance du territoire, émission à mon point de vue parfaitement scandaleuse en ce qu'elle se présentait comme des nouvelles et non une fiction et qu'elle avait un ton ouvertement belgicain et assez anti-flamand (du moins anti-indépendantiste flamand, ce qui n'est pas le rôle d'un journaliste). Il confirmait bien sûr, et M. Bart De Wever également, que le but de la NVA était assurément de préparer à l'indépendance - à terme, cela va sans dire - et que les négociateurs n'accepteraient jamais que des petits pas menant à un tel but, et jamais au grand jamais la moindre concession revenant en arrière. Et les hommes politiques francophones n'écoutent pas, n'entendent pas. En ce qui concerne Bruxelles, M. Defoort était très clair : c'est la capitale de la Flandre, et il n'est pas question de la laisser tomber ; il ajoutait "en historien" No taxation without representation, ce qui en l'occurrence était parfaitement à côté de la plaque pour employer une expression familière, et il prévenait que donc Bruxelles devait s'attendre à voir tous ses crédits (flamands) coupés, à voir toutes les institutions (flamandes) se retirer et devrait s'apprêter à financer les retraites des navetteurs flamands... Il le disait en ricanant.

 

Minute, papillon ! Les Wallons et les Bruxellois n'ont jamais à ma connaissance décidé de ne plus faire partie de la Belgique ; si les Flamands veulent fonder leur Etat propre - et qui leur nie le droit de le faire ? - ils ne peuvent empêcher ceux qui restent de continuer à être la Belgique, avec son siège à l'ONU et sa qualité de membre de l'UE, du Conseil de l'Europe, etc. Bien sûr, une telle indépendance acquise pacifiquement - il y a de nombreux précédents historiques d'un tel processus - suppose de longues négociations et de très nombreux traités. Voilà à quoi la classe politique francophone devrait s'atteler ; après, la République flamande devra demander son adhésion à l'UE (bonne chance...), au CdE, à l'ONU etc. mais ce n'est plus l'affaire de la Belgique. El l'historien en peau de lapin devrait peut-être méditer sur les innombrables pays qui ont compris que l'indépendance ne signifiait pas un afflux de richesse ; certes le départ de la Flandre de Bruxelles sera coûteux, mais on n'achète pas son indépendance et s'il le faut, je ne doute pas que les Bruxellois chasseront ceux qui voudraient s'accrocher. Tout cela bien sûr parce que les Flamands (on me comprend) n'ont jamais accepté le fait que la Région de Bruxelles-capitale est précisément cela, une région à part entière ; pour eux, Bruxelles est une ville, et une ville flamande en plus. Ils se trompent, et les menaces de M. Defoort tombent mal : il n'est évidemment pas question de payer les retraites de navetteurs dont justement on se plaint qu'ils acquittent leurs taxes dans leur région d'origine (no representation without taxation, M. Defoort !), et a fortiori s'ils résident dans un Etat étranger...

 

Oh, certes, j'ai des amis artistes qui manifestent bruyamment contre ce plan B. Des scientifiques aussi. J'avoue ne pas les comprendre, car, n'ayons pas peur des platitudes, l'art n'a pas de frontières - c'est un peu différent pour la science à cause des sommes colossales en jeu, mais justement, on voit avec des réalisations comme le CERN, ITER, etc. qu'il y a moyen de passer par-dessus ce genre de problèmes, au moins en partie. Et quand je dis "pas de frontières", c'est d'un évidence absolue : je n'hésite pas à écouter un opéra à Glyndebourne, à voir une exposition à Berlin ou à courir à Art Basel (à Bâle ou à Miami). Ce qui me ferait hésiter, c'est le coût du voyage, pas le fait qu'il faille franchir des frontières. S'il faut le faire pour aller écouter un concert à Anvers, je m'en soucie comme d'une guigne.

 

Il y a tout de même un gros problème qui reste : tout cela me semble tellement limpide que je ne comprends diable pas comment tout le monde ne pense pas comme moi... Où donc me trompé-je ?...

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commentaires

Sceptique 25/11/2010 04:44



Merci pour toutes vos précisions. Mon impression de meilleure organisation de la Belgique tient à un fait unique, et peut-être mal interprété: j'ai été épargné par l'occupation et la guerre, me
trouvant en AFN pendant cette période. Je ne suis revenu voir ma famille qu'en 1948, à Tourcoing. Mon cousin m'a emmené faire quelques incursions à Mouscron et à Ménin(?), pour y acheter, avec
nos mauvais francs, du chocolat. La France était encore alors en ruines, avec un rationnement très sévère, et une pénurie d'un peu tout. La Belgique avait retrouvé une activité commerciale
normale, et les douaniers français traquaient la contrebande trans-frontalière. Cette différence tenait peut-être plus à la liberté qu'à l'organisation. Le dirigisme tatillon était alors à
l'oeuvre de notre côté.


Depuis, nous avons eu le temps de nous reconstruire et de nous libérer un peu du dirigisme(qui est notre "tendance lourde", héritée du Roi Soleil, et relayée par le jacobinisme). Quand ils ne
sont pas en grève, nos services publics, effectivement, ne sont pas mal. 


Quelque faits supplémentaires à l'avantage de la Belgique: les établissements pour personnes âgées et pour enfants handicapés sont moins chers, plus disponibles, et de qualité. Les établissements
d'enseignement supérieur sont assez attirants pour avoir obligé l'État belge à contingenter le nombre d'étudiants étrangers.


Que deviendrions-nous sans la Belgique?!



cdc 25/11/2010 11:56



La Belgique est effectivement plus libérale que la France. Il faut dire que dans un régime
dirigiste, il est indispensable que les services publics soient efficaces, sinon c'est... la Côte d'Ivoire, disons... Pour ce qui est des établissements d'enseignement supérieur, j'avais déjà
pesté contre la frilosité de la CF de Belgique. A noter
également que les logopèdes (orthophonistes en France) formés par l'Institut Marie Haps, par exemple, sont recrutés en masse en France... Je ne fais pas de pub pour l'ILMH, mais à tout hasard,
c'est bon à savoir qu'il existe encore des métiers où l'offre d'emploi est supérieure à la demande...



Sceptique 24/11/2010 15:45



J'ai été heureusement surpris et intéressé par ce long billet sur le présent et le futur de la Belgique. j'y suis d'autant plus sensible que je suis un français du Nord, voyant la Belgique
voisine comme mieux organisée, et plus efficace que la France dont nous ne sommes qu'un département. Mon nom ne diffère de sa version flamande que par la première lettre (L au lieu de D) et la
dernière (Q au lieu de K). J'ai de nombreux homonymes en Wallonie. Je suis frappé par le reproche que vous faites aux francophones de ne pas faire l'effort de parler
aussi le flamand. Ce fait ne tient-il pas à une domination initiale des Wallons, à l'époque de la prospérité des régions minières? Ou à ce sentiment de complétude
de tous les francophones, dès lors qu'ils sont majoritaires dans un lieu? À mettre en parallèle avec la réputation d'inefficacité de notre enseignement des langues.


Vous avez l'air de dire que le processus de séparation sera long, ce qui me permet d'espérer que ça ne se passera pas de mon vivant.


La touche d'humour finale de votre billet vous appartient.



cdc 24/11/2010 22:02



Merci, merci... et je crois donc deviner votre patronyme - qui, si je ne me trompe, devrait faire référence aussi aux notaires et à un équivalent anglais... Mais, je le répète, je puis me
tromper.


Je suis aussi amusé par votre idée (totalement fausse !) que le Belgique - pays brouillon s'il en est - pourrait être mieux "organisée" que la France, où le service public est d'une très grande
efficacité, ainsi que j'ai pu le constater et comme l'ont constaté eux aussi des amis belges qui avaient eu affaire avec les administrations belges, françaises, espagnoles et autres. Cette
efficacité a aussi un prix, d'ailleurs, comme celui d'un plus grand encroachment de la puissance publique sur les individus, mais passons.


Je ne fais nullement reproche à mes concitoyens francophones de ne pas connaître le flamand, je le regrette pour eux, mais à vrai dire ce que je regrette le plus pour eux c'est leur unilinguisme.
Dans les premiers temps de l'Union européenne, de nombreux fonctionnaires français étaient bilingues (exigence au concours d'entrée) F/DE : ils étaient Alsaciens ou Lorrains, il n'y a pas de
miracles. Quant à l'enseignement des langues, il est aussi pathétique en France qu'en Belgique, croyez-moi.


Pour ce qui est plus généralement de la question des langues en Belgique, elle est extrêmement complexe. La séparation d'avec les Pays-Bas n'a été réglée qu'en 1839, soit 9 ans après les
"événements", et justement après la conclusion de nombreux traités, et le néerlandais restait la langue de l'ex-occupant (je m'entends). Je vous dirai encore qu'à l'époque les langues parlées en
Flandre étaient à vrai dire des patois méprisés par les Hollandais, et il persiste encore à ce jour des différences assez grandes entre le limbourgeois, le gantois, le brugeois, le
côtier, etc. pour que la VRT estime nécessaire de mettre des sous-titres dans certaines émissions où l'on entend des discussions entre gens du crû. Mais la bourgeoisie belge post-1840 était
évidemment francophone, le flamand était la langue des bonnes et de la domesticité (je parle de la bourgeoisie flamande. Dans ma jeunesse, les bourgeois d'Anvers, de Gand,
etc. étaient francophones. J'ai encore de nombreux amis flamands francophones émigrés à Bruxelles qui sont très amers à ce sujet, s'estimant avoir été chassés de leur
région) ; et cette bourgeoisie était de tendance un peu trop libérale aux yeux de l'Eglise qui a donc favorisé l'usage d'une koîné flamande. Il faut savoir aussi que la Constitution
belge n'a été traduite en flamand que très tard, et que les instructions administratives initiales portaient que les instructions devaient autant que possible se dérouler dans la (les) langue(s)
vernaculaire(s) pour autant que les magistrats la comprissent...


Il semble que le meilleur des moments entre néerlandophones et francophones belges ait été atteint à la toute fin du XIXe, mais la guerre de '14 a ruiné tous ces espoirs. Dommage, mais il faut
assumer !


Pour terminer, je me décrirais comme un zinneke (un bâtard - ça s'applique surtout à des clébards...) qui connaît mal le néerlandais mais un peu mieux le patois de Bruxelles qu'on
appelait le Boergontje (orthographe non garantie - rien à voir avec boer-paysan), autrement dit le petit bourguignon, mêlant une grande partie de bas-allemand (flamand) avec du
français et de l'espagnol. Un peu comme l'Afrikaans, en quelque sorte...