Partager l'article ! L'envahissement des agrocarburants: Les agrocarburants ne sont évidemment pas une réponse à quoi que ce soit. On pourrait, on pourra, peut-êt ...
Les agrocarburants ne sont évidemment pas une réponse à quoi que ce soit. On pourrait, on pourra, peut-être, mais pour l'instant on n'est nulle part, et la Commission campe sur ses positions de 10% d'éthanol dans l'essence.
Si hurler au génocide comme le fait cet excité de Jean Ziegler est quelque peu excessif, il n'empêche que depuis quelques années une extension des terres arables destinées aux agrocarburants est patente mais mal connue. L'International Land Coalition, une fédération d'ONG dédiées à la promotion de l'usage de la terre par les paysans en Asie, en Afrique et en Amérique latine, a sorti tout récemment une petite étude fort intéressante portant sur des ventes de terrain (à partir de 200 hectares) entre 2000 et 2011.
Ils en ont dénombré 2042 portant sur 203,4 millions d'hectares, mais n'ont pu en étudier qu'une partie, à savoir 1155 portant sur 70,9 Mha. Comme le montre le graphique en p.20, ces ventes ont décollé puis explosé en 2008-2009, pour redescendre nettement l'année suivante. La hausse du prix des denrées alimentaires de 2007-2008 (due à de mauvaises récoltes et à une augmentation brutale du prix du pétrole) pourrait expliquer l'explosion de 2009, et la contraction de 2010 peut être due à de nombreuses raisons (dont la publicité donnée par la Presse). Mais regardons de plus près : le graphique de la p. 22 montre essentiellement que l'Asie investit en Asie et en Afrique, et que l'Amérique latine, moins exposée à ces acquisitions, fait l'objet d'acquisitions régionales et nord-américaines en grande majorité. Et quel usage est-il fait de ces acquisitions de vastes terres en général fertiles et bien irriguées ? Globalement, près de 60 % sont affectés aux agrocarburants, suivi par moins de 20 % pour les récoltes vivrières, et en ce qui concerne l'Afrique, les proportions passent à 66% contre 15%. La hausse du prix des céréales peut donc avoir déclenché les acquisitions massives de terrains, mais il est certain que le succès des agrocarburants a joué à fond.
Peut-on sérieusement continuer à privilégier une politique pareille, alors que nous devons au contraire nous préparer à une augmentation de la population mondiale et à une amélioration substantielle de son alimentation ?
Quoi qu'il en soit, le rapport de l'ILC est extrêmement intéressant (il ne traite évidemment pas que des agrocarburants), indispensable à quiconque s'intéresse un peu aux enjeux essentiels du développement. Il est disponible en anglais seulement, mais il en existe des résumés dans d'autres langues, dont le français, ici.
Une image étant trop grande, la voici en format réduit:
Source: http://www.synthesis.cc/technology/
D'autre part, je me permets de vous rappeler mon scepticisme à l'égard d'une condamnation généralisée :
http://revereveille.over-blog.com/article-18822478.html
Mais le problème reste (à mon avis) pour l'avenir
Ce graphique montre que la production US d'éthanol n'a pas affamé le monde: les exportations US de maïs se sont à peu près maintenues. La consommation interne par l'élevage a légèrement diminué car elle est complétée par les drèches (DGS), sous-produits de la production d'éthanol.
Notez que je n'ai jamais prétendu que l'agrocarburant américain ait jamais affamé le monde... Je laisse à Jean Ziegler ses imprécations apocalyptiques... Le petit problème, c'est que vos graphiques sont certes très intéressants, mais presque impossibles à visionner dans mon interface commentaires...
Ce double graphique issu de statistiques du ministère US de l'agriculture (USDA) montre l'évolution des superficies cultivées, stabilisées ces dernières années, et l'évolution des rendements au regard des évolutions agronomiques.
Open pollinated: variétés de type "population" telles que les cultivaient les indiens et que nos écolos nostalgiques prétendent meilleures au nom de la "biodiversité".
Double - single cross: hybrides doubles et hybrides simples. C'est ce que nous cultivons actuellement en France, Italie, Allemagne... Les Espagnols ont droit aux maïs génétiquement modifiés.
L'importante consommation de maïs pour l'éthanol aux Etats-Unis a globalement été couverte par une augmentation de la production de la même valeur, sans augmentation de surface cultivée, mais par l'augmentation du rendement. Les USA exportent à peu près autant de maïs et de blé qu'avant.
L'éthanol n'affame pas.
La production d'éthanol au Brésil est compensée, également, par l'augmentation de la productivité. De plus, l'augmentation des superficies cultivées et des rendements en ont fait un grand pays exportateur en sucre, soja, maïs, viande bovine et volailles.
La hausse des prix des produits alimentaires encourage leur production, favorise les paysans des pays pauvres. Que disait-on quand nos (UE et US) subventions à l'exportation entrrainaient des prix bas, au détriment des paysans africains et autres?
Le seul problème vient des obligations légales d'incorporation d'agrocarburants et (ou) de leur subventionnement.
Votre commentaire est très intéressant, et je suis totalement d'accord avec vous sur l'effet néfaste des subventions à l'exportation (j'y ai d'ailleurs contribué plusieurs posts). Cependant, n'oublions pas qu'au Brésil ou en Idonésie (entre autres), l'augmentation des surfaces cultivées a été réalisée aux dépens des forêts primaires (je ne parle évidemment pas de l'innénarrable "poumon de la Planète")et, entre autres, de la biodiversité (cf. les orangs-outans dont se repaît Ziegler, si j'ose dire).
En ce qui concerne l'augmentation de la productivité aux USA (et accessoirement au Brésil), pourriez-vous me fournir des chiffres à ce sujet ? Je n'en ai pas encore trouvé trace, mais je suis tout prêt à publier un rectificatif. Je parle évidemment de la production et pas de l'exportation, qui ne sont pas nécessairement liées.
Sujet passionnant, et je vous remercie.
Il me semble que les agro-carburants, principalement l'éthanol, ont cet avantage immédiat d'écouler la production betteravière, utile aux assolements, et de maintenir en fonctionnement les équipements qui servaient à leur transformation en sucre. Nous avons été obligés de faire de la place aux productions des pays émergents, et de diminuer les subventions et les protections douanières de "notre" sucre. L'avenir est à une exploitation plus large de la biomasse, qui incluera la betterave, mais aussi toutes les parties inutilisables de la production agricole. C'est l'objet des recherches actuelles. Bien sûr, espérant arriver à 100% de bio, c'est à dire à une baisse de 30% de la production moyenne actuelle, et hostiles au moteur à explosion en général, les écologistes sont hostiles à la production d'agrocarburants. Dans l'état actuel des techniques et du cours du pétrole, ils n'ont d'autre intérêt que l'ouverture d'une voie de recherche.