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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 21:23

De la grande trilogie opératique mozartienne, Cosi' est sans doute le moins apprécié, non pour la musique mais pour l'argument. Nous l'avions vu cinq ou six fois dans de très belles mises en scène, mais cette fois c'était Haneke qui s'y collait. Et le Papy Moisi de ChronicArt a réussi quelque chose d'époustouflant.

 

Chaque fois que nous avions vu Cosi', on ne manquait pas de nous dire qu'il n'y avait rien de trouble dans cet opéra, que toute l'histoire était seulement un gentil marivaudage sans aucune intention "échangiste" ou érotique. Oh certes non !

 

Haneke n'est pas vraiment d'accord. Il a lu les paroles, il a étudié la machine (il suffit de le faire, ce n'est pas difficile) et il a conclu que Cosi' est effectivement un grand moment d'échangisme. Il le montre très bien dans sa mise en scène où les couples, Fiodiligi, Guglielmo, Dorabella, Ferrando se mélangent en se donnant la main sous le regard glacé de Don Alfonso cornaqué (presque juste à la fin - mais je n'en dirai pas plus pour ne pas déflorer la mise en scène) par une Despina dont personne jusque-là n'avait pensé qu'elle pouvait avoir une relation intime avec celui qui avait toujours été présenté comme un pur cynique assez bienveillant : "Ho i crini gia' grigi, ex cathedra parlo, ma tutti litigi finiscano qua"... Ici, pas du tout, c'est un manipulateur féroce et déplaisant, loin du Papy (non moisi) habituel.

 

Et parlons de la magnifique scénographie, d'un moment de théâtre parfait, où se mêlent avec beaucoup d'intelligence costumes du XVIIIe et de notre époque actuelle. Et ça marche ! Un figurant en habit à la française qui parle dans son GSM, Guglielmo et Ferrando croisant le fer avec Alfonso en plaisantant, une pelle et un tisonnier contre une épée, "o fuori la spada, rompiam l'amista'". Et, bien sûr quand les deux compères se présentent en soldats, Haneke ne désire pas les costumer en soldats d'Irak, comme on en a trop vu dans les dernières saisons d'opéra.

 

On peut appeler ça une version de référence. C'en est une, et les prochaines devront s'y comparer. Si vous avez l'occasion de la voir, n'hésitez pas !

 

 

 

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Published by cdc - dans musique Opéra
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commentaires

Sceptique 20/06/2013 05:02


De la part d'un mari complaisant, il n'y a pas échange, mais simple prêt, ou cession. J'aimerais bien pouvoir suivre votre conseil, mais si la Béotie n'est qu'à 200 km de Bruxelles, c'est quand
même la Béotie. Je l'aime quand même, et je mourrai idiot.

cdc 22/06/2013 23:44



D'accord avec vous... Mais il ne faut pas faire 200 km pour vir une retransmission sur Arte du même Cosi' (sauf que c'est la production de Madrid - même mise en scène, mais avec Sylvain
Cambreling à la baguette. A mon avis un peu trop lent (l'andante devient quelque peu lento), mais c'est seulement mon avis). En date du vendredi 21. Si vous avez le temps et l'envie...



Sceptique 19/06/2013 05:09


L'échangisme fait sûrement partie des fantasmes humains, façonnés par le désir. Mais Mozart, tout coquin qu'il fut, n'a pas osé. Un moderne comme Haneke l'a fait, selon votre témoignage. Pour
autant, je ne suis pas séduit par les "modernisations" de ces oeuvres classiques. Surtout quand il s'agit de Mozart: la qualité de la musique et des voix suffisent à mon bonheur.

cdc 19/06/2013 22:02



Echangisme, échangisme... Pour ce qui est de Mozart, je ne m'avancerai pas, mais la pratique est très ancienne et l'expression "mari complaisant" ne date pas d'hier !


"Modernisation", voilà le mot. Un opéra n'est pas un symphonie ou un quatuor, il y faut de la mise en scène et certes j'attache plus d'importance à une rendition (c'est du français, ça
?) sur instruments d'époque qu'à des caprices de scénographes qui se croient tout permis. Mais ici (comme parfois, d'ailleurs), Haneke n'a aucunement "trahi" Cosi' et l'a mis en scène avec
beaucoup d'intelligence, contrairement à tant d'autres qui ont voulu faire coller l'opéra à ce qu'ils pensaient être "l'aujourd'hui"... Ceintures d'explosifs, etc., ou uniformes plus ou moins
nazis.


Nous ne pourrions plus voir - sauf cas de reconstitution historique - voir des opéras tels qu'ils se présentaient à l'époque. Je me souviens trop bien des opéras de ma jeunesse où une soprano
grosse dondon et un ténor enveloppé et frisé au petit fer chantaient leur amour de conserve face au public en faisant des gestes effroyablement convenus et à faire rire... Je n'ai tout de
même pas connu cette époque bénie dont ma mère m'a parlé où le ténor, peinant à prendre en ses bras l'héroïne, s'était fait siffler par la salle : "Porte-la en deux fois !". Ah oui, à l'époque
(je vous parle d'un temps... avant la guerre...). J'avoue avoir sifflé et crié "Ouhhh" quelques fois (notamment pour une atroce mise en scène de notre Anne-Teresa de Keirsmaeker sur les Due
Foscari), mais mes voisins m'avaient réfrigéré d'un oeil torve.


Si on joue ce Cosi' près de chez vous, allez le voir, je suis sûr que vous ne le regretterez pas !