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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 11:12

(Je dis "chercheurs" mais je voudrais dire "savants", ça me rappelle Jules Verne et mon enfance...)

 

Il y a quelque temps, les joyeux d'Econoclaste, un de mes blogs favoris, racontaient l'histoire de Piketty et des Echos. En bref, une journaliste des Echos publiait un article faisant état d'une note confidentielle de Bercy selon laquelle les "riches" - et même les super-riches - payaient bien leurs impôts. Fureur de Piketty, qui demande à la journaliste d'où elle tient ses informations et exige de voir ladite note, puis la roule dans la farine pour n'avoir pas utilisé une méthodologie sérieuse et critique telle que lui, Piketty, en avait développé une avec d'autres spécialistes. En somme, les Echos se font les complices d'une machination pro-riches... Après tout, on sait qui est le propriétaire du quotidien ! Réponse indignée des Echos, où ils comparent le Professeur à Savonarole, et lui rappellent les devoirs élémentaires de la profession de journaliste.

Qui a raison ? Qui a tort ? La question a-t-elle un sens ?

 

Je comprends très bien le sentiment de frustration de Piketty en lisant un article qui lui semble très peu critique, ne faisant que reprendre une note non dépourvue d'idéologie, ou de propagande. Combien de fois dans mon domaine de compétence ai-je lu des articles qui me faisaient grincer des dents tant on voyait que le journaliste ne comprenait pas grand'chose au sujet traité ! Les journalistes aiment souvent donner un tour polémique ou agressif à leurs articles, ça attire le regard, et je suis pour l'instant en bagarre avec une journaliste qui m'a récemment fait dire que je "dénonçais" une certaine carence de notre Ministre de tutelle alors que je sais bien avoir seulement "constaté" cette carence durant notre entretien. Mais n'exagérons rien : les chercheurs aussi ont une certaine tendance à la polémique, la recherche scientifique est un vrai sport de combat (allusion au documentaire lèche-bottes sur le Bourdieu) et les rivalités entre personnalités et écoles ne sont un mystère que pour le grand public. Après tout, il y a toutes les subventions à la clef.

 

Pour autant, les journalistes tiennent avec raison à la protection du secret de leurs sources (même si l'on peut comprendre que, très exceptionnellement, il puisse y avoir une nébuleuse de doutes), et n'ont nullement envie qu'on leur tienne la plume. C'est eux qui sont responsables de leurs articles, et on le comprend fort bien. "Ma" journaliste m'a fait comprendre que mon attitude durant l'interview lui donnait l'impression que cette carence me déplaisait, et, donc, que je la dénonçais. Puis-je lui donner tort ? On se souvient de ces "interviews" télévisuelles où un homme politique écrivait lui-même les questions qu'un "journaliste" à la botte allait lui poser, spécialité d'un ORTF heureusement assez lointaine... Mais d'autre part il existe aujourd'hui une sous-spécialité de journalistes "engagés" qui ont une cause à défendre et dont l'eprit critique avoisine le zéro absolu. Cauchemar de Darwin, élucubrations de MMRobin, psittacisme Greenpeace, on verse le tout entre deux colonnes et on sert bien chaud aux lecteurs convaincus d'avance. C'est assez regrettable à dire, mais Le Monde prend ce chemin depuis un certain temps, à croire que c'est Télérama qui a racheté le quotidien du soir... La dernière crétinerie que j'y ai dénichée était une chronique se félicitant de ce que le shiatsu et l'acupuncture faisaient leur entrée dans certains hôpitaux publics français en tant que "médecine chinoise ancestrale", ce qui est une contre-vérité absolue en ce que l'un et l'autre sont d'invention récente et que "la médecine chinoise" n'a jamais existé, sauf après la prise de pouvoir communiste, où elle est qualifiée de gudai yixue - "médecine du passé" - ou zuguo yixue yichan - "héritage médical de notre patrie", qui rassemble deux mille ans de traditions hétéroclites. Pour reprendre les termes de Florence Bretelle-Establet : "Ainsi, malgré son nom évoquant un un flot ininterrompu de savoirs et de pratiques, la médecine traditionnelle chinoise est une discipline nouvellement formée, à partir d'un ensemble de doctrines et de pratiques médicales beaucoup plus variées [...]". En ce qui concerne l'acupuncture, on lira avec intérêt l'article de Harriet Harris dans Skeptic.

 

Mais, pour le scribouillard du Monde, c'est la médecine chinoise ancestrale...

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Published by cdc - dans sociologie
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