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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 15:22

Et je ne suis pas le seul à le dire, même s'il m'arrive d'être un peu trop optimiste. Le dernier en date, c'est le distingué Hartmut Michel, un tout petit mieux qualifié que moi puisqu'il dirige une des sections "biophysique" du Max Planck Institut et qu'il est accessoirement Prix Nobel de chimie, dans un éditorial fracassant de l'Angewandte Chemie - un journal prestigieux et incontournable pour tout chimiste :

 

The Nonsense of Biofuels, l'absurdité des agrocarburants s'il faut traduire. C'est assez technique, mais voyons un peu quelques-uns de ses arguments :

- tout d'abord le rendement. Tout se base sur la photosynthèse, mécanisme merveilleux mais à basse température, donc peu efficient. Rendement au niveau de la plante : 47% (la lumière verte, l'IR et les UV ne sont pas utilisés), mais il faut savoir que la photosynthèse est la plus active à 20% de la luminance solaire maximale - autrement dit, à midi, la plante n'absorbe que 20% de la luminance solaire et n'exploite de ces 20% que 47%.

Si l'on veut un rendement global, depuis la plante jusqu'au carburant les chiffres sont de moins de 0,1% pour le biodiesel allemand (colza), moins de 0,2% pour le bioéthanol et d'environ 0,3% pour le biogaz, et ceci sans tenir compte du fait que plus de 50% de l'énergie contenue dans le carburant y a été déposée par sa fabrication (engrais, pesticides, tracteurs, transport, conversion chimique...).

“Taken together, the production of biofuels constitutes an extremely inefficient land use. This statement is true also for the production of bioethanol from sugar cane in Brazil.”

Globalement, la production de biocarburants est un gaspillage extrême de l'espace arable. Ceci est vrai également pour  la production de bioéthanol de canne à sucre au Brésil.

Là où j'avais un (petit) espoir, les agrocarburants dits "de deuxième génération", Michel est cassant  : c'est une illusion, l'énergie à fournir pour ces processus est encore plus grande que pour la première génération ; un exemple :

“in the production of biodiesel by the Fischer–Tropsch process, hydrogen has to be added because syngas obtained from biomass contains insufficient amounts of hydrogen.”

La production de biodiesel par la réaction de Fischer-Tropfsch nécessite un ajout d'hydrogène car le syngaz obtenu depuis la biomasse est trop pauvre en hydrogène.

Quant aux microalgues, le dada de Craig Venter :

 

“Microalgae have been advertised as the ideal candidates for biofuel production. There are many unsupported claims about their efficiency, some even exceeding the theoretical limits of photosynthetic efficiency…the existence of photoinhibition and a poor RuBisCO will limit the advantages of microalgae together with the demands for growing and harvesting them.”

Les microalgues ont été vantées pour la production d'agrocarburants. On raconte beaucoup sur leur efficience, allant parfois jusqu'à excéder les limites théoriques de l'efficience de la photosynthèse...la photoinhibition et un mauvais RuBisCo [un enzyme] va limiter les avantages des microalgues, sans compter les exigences posées par leur production et leur récolte.

 

Quant au gain en CO2, il est à vrai dire inexistant, ou minime :

 

The production and use of biofuels therefore is not CO2-neutral. In particular, the energy input is very large for the production of bioethanol from wheat or maize, and some scientists doubt that there is a net gain of energy. Certainly the reduction of CO2 release is marginal.”

La production et l'utilisation d'agrocarburants n'est pas neutre en CO2. Par exemple, l'énergie requise pour produire des agrocarburants à partir de blé ou de maïs est très importante, et certains scientifiques ne pensent pas qu'il y ûn gain net d'énergie. Certainement, la réduction d'émission de CO2 est marginale.

 

D'autre part :

“Clearing rainforests in the tropics and converting them into oil palm plantations is highly dangerous because the underlying layers of peat are oxidized and much more CO2 is released by the oxidation of organic soil material than can be fixed by the oil palms…it would be even much better to reforest the land used to grow energy plants, because at a 1% photosynthetic efficiency, growing trees would fix around 2.7 kg of CO2 per square meter, whereas biofuels produced with a net efficiency of 0.1% would only replace fossil fuels which would release about 0.31 kg CO2 per m2 upon combustion!”

Raser les forêts humides des tropiques et les convertir en plantations d'huile de palme est très dangereux car les couches de tourbe sous-jacentes seraient oxydées et beaucoup plus de CO2 serait émis que n'en pourraient absorber les palmier à huile... il serait alors bien plus utile de replanter en forêt les plantations à agrocarburants, étant donné qu'avec une efficience photosynthétique de 1%, planter des arbres absorberait environ 2,7 kg de CO2 par mètre carré, alors que des agrocarburants avec une efficience nette de 0,1% ne feraient que remplacer des combustibles fossiles émettant 0,31 kg de CO2 en brûlant...

Conclusion

“Because of the low photosynthetic efficiency and the competition of energy plants with food plants for agricultural land, we should not grow plants for biofuel production. The growth of such energy plants will undoubtedly lead to an increase in food prices, which will predominantly hit poorer people.” 

Etant donné la faible efficience de la photosynthèse et la compétition entre les plantations à agrocarburants et les plantations agricoles, nous ne devrions pas utiliser de plantes à agrocarburants. Une telle utilisation conduira immanquablement à une augmentation des prix alimentaires, ce qui impactera principalement les pauvres.

Mais la Commission européenne ne veut rien entendre... Pourquoi n'écrivez-vous pas à votre europarlementaire ? Il est vrai que même l'US Navy est verte...

 

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commentaires

culture indoor 17/07/2014 18:31

rien à dire , perfect !

Cultilandes 11/07/2012 22:52

"Nous ne nourrissons pas d'énergie seule, mais de bien plus." Nous accordons donc une plus grande valeur à notre nourriture qu'à nos carburants et combustibles, cela dait normalement se traduire
dans le prix. "On nous rebat les oreilles avec l'eau consommée pour faire un kilog de steak en oubliant le cycle hydrique..." C'est bien le sens du début de mon premier commentaire: si l'eau de
pluie et l'énergie solaire qui tombe sur les champs n'est pas transformée en alimentation ou en carburant, ou combustible ou autre matériau, elles sont "perdues", inutilisées. Les décompter dans un
bilan pour dézinguer une filière économique est malhonnête. Décompter une subvention, un avantage fiscal ou une obligation administrative est honnête et juste.

Cultilandes 10/07/2012 14:29


Se baser sur le faible rendement énergétique de la photosynthèse est une ineptie. A ce compte-là, la production alimentaire n'est pas meilleure, et un sol nu ou non exploité ne donne qu'un
rendement nul et le soleil brille pour rien!


Dans les calculs de rendement, il faut prendre en compte les co-produits tels que les tourteaux.


La moins pire des allocations de resources est celle du libre marché. Si une production est compétitive sans subvention ni obligation, elle ne doit pas être la moins justifiée!


Les pays où les agro-carburants ont été le plus développé exportent toujours autant (USA) voire davantage (Brésil) de produits alimentaires qu'avant. Ce développement ne peut légitimement pas
être accusé de provoquer la famine...

cdc 11/07/2012 22:11



Non, pas d'accord avec vous. Nous ne nourrissons pas d'énergie seule, mais de bien plus. Les agrocarburants, eux, servent à donner de l'énergie pure, pas de vitamines, de protéines, etc. avec un
certain rendement très faible quand on le compare à celui des énergies fossiles. On nous rebat les oreilles avec l'eau consommée pour faire un kilog de steak en oubliant le cycle hydrique (nous
ne sommes pas au Sahara, que diable !).


D'accord avec vous cependant en ce qui concerne les hurlements à la famine et même (Ziegler) au génocide : http://revereveille.over-blog.com/article-18822478.html


Pour ce qui est d'une agriculture sans subventions... demandez à Obama et surtout à Bush qui ont versé des centaines de millions de dollars pour développer ces foutus agrocarburants !


Je vous conseille la lecture du très bon livre de Robert Bryce, Power Hungry, petit tableau p.86 : Corn Ethanol, 0,05 W/m2, gaz naturel, 53 W/m2, éoliennes, 1,2 W/m2, solaire, 6,7 W/m2



bob 28/06/2012 05:45


Je ne connais pas d'usines qui font du méthane à partir de déchets végétaux mais j'ai vécu pas loin d'une usine de sucre. La canne à sucre produit comme déchet après extraction du sucre de la
bagasse: http://fr.wikipedia.org/wiki/Bagasse


Elle est utilisée depuis des années comme combustible pour alimenter les usine de sucre/rhum mais aussi le réseau électrique. 

Sceptique 28/06/2012 05:22


@Bob Je ne pensais pas à la plante vivante sur pied, mais aux déchets qu résultent de son utilisation (pailles, fauchages, élagages, etv). Cette biomasse est actuellement utilisée pour produire
du méthane, mais en quantité qui ne sera jamais suffisante, si on n'augmente pas le rendement de cette transformation. L'augmentation des prix du pétrole, tant du fait de ses difficultés
d'extraction, que du contrôle politique de sa mise en vente, a déjà rendu rentable l'exploitation des schistes et sables bitumineux, et celle du gaz de schiste. Mais après?