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Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 19:27

Chacun connaît, bien sûr, les méfaits des affreux "radicaux libres" qui nous empoisonnent et nous font vieillir, c'est bien simple, il n'y a plus moyen de prendre un repas avec des amis ou de la famille sans entendre des kyrielles de conseils, prends ceci, achète cela, il paraît que, moi c'est mon ostéopathe qui m'a dit que, etc. On ne sait pas très bien ce que sont les radicaux libres (qui ont pourtant un gentil petit nom, vive la liberté, non ?) mais on sait qu'ils sont mauvais, tandis que les antioxydants (malgré leur nom, anti c'est pas beau et l'oxygène, c'est tout de même bon, non ?) eux, ils sont bons.

 

Evidemment, les choses ne sont pas aussi simples ; les radicaux (appelés assez inutilement libres) en question sont généralement les radicaux oxydatifs, superoxyde, peroxyde et hydroxyl. Et on ne peut pas les caractériser généralement comme "mauvais", car ils sont indispensables dans une série de réactions vitales et notamment dans la défense contre les pathogènes (chez les leucocytes neutrophiles par exemple). Mais en gros, il est exact qu'ils peuvent causer des dégâts et c'est pourquoi l'évolution nous a munis de tout un système complexe et exquis pour les combattre et les neutraliser, mais pas plus qu'il ne le faut. Quand le système ne marche plus - pour l'une ou l'autre raison - il faut pallier les carences et aller voir son médecin. En temps ordinaires, mieux vaut ne pas trop intervenir...

 

Mais ça ne fait pas le bonheur des marchands de doutes et d'illusions (rien à voir avec ceux que Mme Oreskes cloue au pilori...), de tous les vendeurs de graisse de serpent et d'eaux miraculeuses, des tenanciers de boutiques bio et de remèdes ancestraux, des prometteurs de merveilles cristallines et des adeptes de l'âge du Verseau. "Ici, on détoxifie", voilà leur mantra, et les radicaux libres ne sont-ils pas une "toxine" toute trouvée ? Alors, pas de doute, il faut vendre les merveilleuses plantes venues de préférence de régions très reculées et inconnues du globe, le goji de l'Himalaya, le noni de Polynésie, l'açai d'Amazonie... Ah, ce n'est pas donné, ça coûte même cher, au point que certains de ces jus miraculeux font même l'objet d'une vente "pyramidale", à la limite de l'escroquerie (et parfois du mauvais côté, d'ou procès). Alors, pour en avoir le coeur net, l'équipe de Choice, le Que Choisir ou Test-Achats australien, a comparé il y a quelques années une simple pomme (variété "Red Delicious") avec quatre fruits-miracles : goji, noni, mangoustan et açai ; le test portait sur le TAC (Total Antioxidant Content - Contenu Total en Antioxydant)  mesuré en µmoles de trolox - un dérivé de la vitamine E, bien connue pour ses qualités antioxydantes. Aucun des jus étudié n'arrivait à la cheville de la gentille pomme commune, sauf à en boire bien plus que proclamé par le fabricant - et donc à un prix prohibitif. Si la pomme atteignait un score de 5.900 (et, par exemple 30 ml de jus de noni atteignaient péniblement 540) une tasse de fraises arrivait à 5.938, une tasse de framboises à 6.058 et une tasse de myrtilles à 9.019 !

 

Les réactions ont été vives, évidemment, mais Choice n'a pas changé ses conclusions. Ainsi, il est vrai que le fruit mangoustan est extrêmement riche en antioxydants, mais ceux-ci se trouvent principalement dans l'écorce... absolument immangeable. Tout ce qu'on trouve sur le marché, ce sont les jus et éventuellement les décoctions.

 

Et d'ailleurs encore faut-il savoir ce que font ces fameux antioxydants in-vivo, et l'organisme n'est pas un tube à essai. Les résultats sont très négatifs, un excès d'antioxydants pouvant avoir des effets nuisibles. Vous pourrez trouver des articles intéressants à ce sujet, un ici, un autre ici et un troisième ici.

 

And the bottom line is : inutile d'acheter du miracle, mangez les fruits et légumes que vous conseillait votre maman quand vous étiez petit et encore sans culture...

 

Merci à Brian Dunning de Skeptoid

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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 10:15

Aujourd'hui s'ouvre le procès intenté à sept personnes du chef d'homicide involontaire pour n'avoir pas fait évacuer la ville de l'Aquila juste avant le tremblement de terre du 6 avril 2009. Ces sept personnes étaient les membres de la Commission "Grands risques" qui s'était réunie à l'Aquila quelques jours avant le séisme. "Ils auraient dû décider d'évacuer la ville" tonne le Procureur, en oubliant commodément qu'une telle décision appartient en dernier lieu au politique, sur rapport et avis des comités scientifiques et qu'il y a de nombreux enjeus à prendre en compte - une évacuation est coûteuse et dangereuse.

 

Je ne reviendrai pas sur le fait absolument certain et maintes fois avéré qu'en matière de séismes il est rigoureusement impossible dans l'état actuel de la science, de faire des prévisions exactes sur le moment, le lieu et la magnitude d'une catastrophe. La Presse à sensation a évidemment publié avec joie les vaticinations du Pr Giampaolo Giuliani - un scientifique distingué par ailleurs - qui prétendait avoir prévu le séisme dès mars 2009, et pas avec un pendule ou une baguette de sourcier, mais par une mesure scientifique de dégazage du radon. Las ! il l'avait prévu, mais pas au bon endroit ni au bon moment... S'il avait été suivi, on aurait déplacé quelques milliers de personnes vers... l'Aquila, justement...

 

Il en va des séismes comme des éruptions volcaniques, où d'assez nombreux scientifiques exploitent des phénomènes parfois à la limite de l'anecdotique pour faire prévaloir leurs thèses, mais sans grand succès. On connaît les réactions du bétail, les niveaux d'eau dans les puits, les variations de courants telluriques ou des dégazages de radon, bien sûr, mais aucun de ces phénomènes - combinés bien sûr à d'autres mesures - ne permet d'arriver à une prédiction quelque peu précise, et ce malgré les clameurs des chercheurs qui se comparent volontiers à Galilée et trouvent de nombreux séides dans la Presse et surtout dans la blogosphère.

On pourrait se scandaliser de ce procès, protester, signer des e-pétitions (dans un cas comme celui-ci, je pense que je le ferais, malgré mon aversion générale pour les pétitions) et passer à l'ordre du jour ; mais en fait, l'affaire est plus grave qu'on ne pourrait l'imaginer à première vue. Ce n'est pas seulement la science qui est visée, mais la capacité des scientifiques à intervenir dans le jeu politique. En cas de condamnation (ce qui n'est nullement exclu), le message sera le suivant : noircissez le tableau, envisagez comme plus probable ce qui est simplement le worst case, privilégiez les scénarios apocalyptiques - en quelque sorte un principe de précaution à l'envers. Et ça, c'est justement la manière dont fonctionne le GIEC, et spécialement son WG2. Dès lors, nous verrons sans doute dans un avenir assez proche les WWW, FoE, Greenpeace et consorts s'engouffrer dans un nouveau combat qui pourra leur rapporter beaucoup de sympathies et d'espèces sonnantes et trébuchantes (ils n'en on jamais assez, ne craignez rien).

 

Dernier point de détail : il semble que ce procès fasse suite à une plainte déposée par un comité de citoyens à l'initiative d'un médecin. Celui-ci aurait-il voulu se venger des procès intentés parfois à tort et à travers au corps médical ?... Mais je plaisante, évidemment...

 

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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 15:57

Honte aux édiles bruxellois ! L'avenue du Port va être réaménagée, trois cents platanes vont être abattus ! Mobilisons-nous contre ce massacre ! Non à la revente des pavés pour garnir les allées de garage des nantis ! Halte au massacre à la tronçonneuse !

 

C'est en gros la teneur d'un articulet d'un récent "Bulletin", hebdo très chic, en anglais, destiné aux expats principalement, et pas précisément aux expats pour raison économique. Tout à fait le genre à prendre part du côté des bobos "protecteurs de la Nature et de la Planète" et à proposer des BMW et Mercedes hors-taxes pour les diplomates.

 

Il faut savoir que la rue du Port, à Bruxelles, longe le canal et est effectivement bordée de magnifiques platanes. C'est aussi un désert, une avenue infranchissable aux piétons tant elle est large et mal balisée, chaussée de pavés redoutables et de nids de poules impressionnants. Elle n'est pas habitée, mais dessert Tour et Taxis et les entrepôts environnants, ce qui veut dire que les camions qui l'empruntent sont très nombreux - et leurs conducteurs pestent contre son revêtement qui les secoue comme à la foire du Midi. Pour les habitants à l'Est de la ville, elle pourrait être un meilleur chemin vers la Basilique et - notamment l'hôpital Brugman (j'y suis abonné) au lieu du tunnel du centre ville ou de la grande ceinture, sauf qu'on y regarde à deux fois avant de l'emprunter parce qu'on n'est pas sûr que la bagnole tiendra le coup. Bien, il faut connaître Bruxelles pour comprendre dans le détail ce que je veux dire, mais on peut suivre en gros. Pour toutes ces raisons, le gouvernement bruxellois a projeté (et obtenu le permis de bâtir) de modifier cette avenue et (je cite) :

"Au niveau mobilité, des pistes cyclables et un site propre bus sont prévus, les traversées piétonnes et trottoirs seront réaménagés et sécurisés tandis que les bandes de circulation seront réorganisées.
Au niveau convivialité, la diminution de la vitesse des véhicules et le nouveau revêtement de sol permettront notamment une diminution des nuisances sonores. De nouvelles plantations agrémenteront la voirie, le mobilier urbain et l'éclairage public seront renouvelés."

 

Cela ne plaît pas à tout le monde, et notamment pas à M. Patrick Wouters, qui habite "une belle maison" (d'après The Bulletin) de l'autre côté du canal et qui jouit d'une très belle vue sur lesdits platanes. Il s'indigne : comment, mais mettre un revêtement de béton va évidemment conduire à des excès de vitesse, c'est scandaleux !

Première objection : qu'avez-vous à vous en mêler, M. Wouters ? En quoi est-ce votre affaire de savoir ce que feront ou ne feront pas les gens à cent mètres de chez vous, alors que vous ne les verrez pas et vous ne les entendrez plus ? La belle affaire s'il fallait remettre des pavés sur les routes pour empêcher les excès de vitesse ! Ah, mais si, justement, il va voir les bolides puisqu'on va couper les platanes, et la belle vue de sa belle maison sera gâchée, enfin, durant quelques semaines au maximum puisqu'il est prévu de replanter d'autres arbres, mais plus des platanes qui, paraît-il, ne sont pas les arbres idéaux en bordure de voie urbaine, là je m'abstiens de commenter, je n'y connais rien et je me borne à citer la Ministre en charge qui "argue du fait que les arbres seront remplacés par des arbres de taille adulte, mais d'essences moins dommageables pour l'entretien de la chaussée", fin de citation.

Mais les critiques de l'inénarrable ARAU, d'Inter-Environnement, des Ecolos et tutti quanti ne s'adressent évidemment pas au gaspillage que pourrait représenter une telle replantation, mais bien au massacre à la tronçonneuse. Pour certains, et pas seulement pour les crétins du type Earth First!, abattre un arbre est un crime, alors, vous pensez, trois cents ! Et ces gens ne sont même pas végétariens - on est tenté de dire "bien sûr", car manger une carotte est aussi criminel qu'abattre un platane...

Notez, ça ne m'étonne pas, j'avais remarqué cela il y a déjà une quinzaine d'années, lorsque nous avions déménagé dans nos nouveaux locaux, un immeuble imposant avec trois patios intérieurs. Un des ateliers dont j'étais responsable s'étalait tout au long d'un côté du patio le plus profond, mais enfin la lumière même en hiver était suffisante pour pouvoir passer plusieurs heures sans éclairage artificiel. Les architectes fous allaient encore frapper... Voilà qu'au fond de ce patio, on voit arriver quelques semaines après le déménagement des engins de terrassement et des ouvriers fortement charpentés qui, avec l'aide d'une grue et sur le conseil du Malin, transforment le joli patio en forêt humide, reliquat d'Amazonie en plein Bruxelles. Plus question pour les pauvres trimards de l'atelier de travailler à la lueur du jour, et même le 21 juin. Protestations, grèves (avec mon appui et celui de ma hiérarchie), rien n'y fait, les syndicats (et surtout les syndicalistes allemands, d'ailleurs) s'opposant farouchement à l'abattage du moindre arbrisseau. Un arbre, c'est la vie ! Et tant pis pour les soutiers, ils comptent moins qu'un brin d'herbe. 

 

Je m'en étais indigné à l'époque. Je m'en indigne toujours aujourd'hui. Un indigné de plus !

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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 22:22

"Il est certain que ses [Chirac] troubles de la mémoire - dont il ne fallait pas parler dans les journaux sous peine d'être traité en pestiféré par l'Elysée - n'ont fait qu'empirer depuis son accident vasculaire cérébral de 2005", voilà ce que je lisais ce soir dans Le Monde. Bien. On se souvient du cancer de Mitterrand faisant l'objet d'un black-out complet (sauf de son médecin qui, c'est vrai, aurait dû se taire). Pour ce qui est de DSK, les langues se sont déliées, et même si l'on peut penser que la vie privée des Présidents et éventuellement présidentiables doit être quelque peu ménagée, il y a une zone grise où on s'aventure avec précautions. Tout de même, en ce qui concerne DSK, j'enrage, car enfin voilà un homme que je rêvais de voir démolir Trublion 1er et qui - dans le meilleur des cas, sans vouloir nullement dénigrer celle qui se proclame avoir été sa victime (j'avance en terrain miné) - aurait eu des rapports avec une femme de chambre, enfin, tout de même ! Les escapades de VGd'E, bof. A l'époque, on en parlait moins que des diamants de Bokassa...

Mais tout de même, ça me fait un peu ricaner d'entendre nos amis Français se moquer des Amerloques qui publient des bulletins de santé de leurs Présidents. Est-ce tellement ridicule de savoir que le chef d'exécutif est - ou n'est pas - en mesure de diriger le pays ? On pense évidemment à Paul Deschanel et à son "accident" de train, pudiquement décrit dans Wikipedia (version française) ; bah, c'était un chouette bonhomme, opposé - à son époque ! - à la peine de mort. Pas comme l'infâme Félix Faure "- le Président a-t-il encore sa connaissance ? [Meg Steineil, la Pompe Funèbre...] - Non, elle est sortie par l'escalier dérobé..." Oui, comme chez Victor Hugo !). Mais tout de même, il semble avoir été un peu dérangé, le pôvre.

Bref, en ce jour où j'ai entendu tant de "Oh, oh say, can you see ?...", où on a entendu tant de phrases difficiles du genre "GOD is with us" (ce qui me rappelle d'horribles souvenirs), et malgré de si belles images de Ground Zero, je reste assez mitigé sur le discours. Al Qaida n'existe plus depuis longtemps, Ben Laden se référait plus à Chomsky qu'au Coran et le dixième anniversaire du 9/11 s'est déroulé sans aucun incident. Ben Laden et ses séides (lisez le Coran pour apprendre d'où vient ce mot...) ont massacré bien plus de bons musulmans que de "croisés".

Mais enfin, je me souviens aussi de ces bons commentateurs, politologues, sociologues ou journalistes qui, la stupeur passée, "devaient reconnaître" qu'après tout, les Américains l'avait bien cherché et que les victimes innocentes qui travaillaient dans la finance n'étaient tout de même pas si innocentes que ça... Discours odieux repris évidemment par tous les "progressistes", les gauchistes de salon des chattering classes voulant montrer qu'à eux, on ne la faisait pas (je ne parlerai pas des truthers pour qui tout était de la faute de Bush et accessoirement des Juifs, bien sûr, puisqu'il est de notoriété publique qu'ils avaient tous reçu missives, e-mails et SMS divers leur enjoignant de se trouver loin des tours ce jour-là).

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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 11:14

Ayant eu le bonheur relatif de devenir grand-père très récemment, j'ai pu apprécier à quel point la reproduction humaine était une activité commerciale extraordinairement lucrative - ou, à tout le moins, compétitive. Ma fille a reçu durant sa grossesse une quantitié prodigieuse d'échantillons, de magazines, de proposition d'abonnement à divers services, et ce jusqu'à son séjour en clinique, où elle a reçu une boîte rose, une boîte orange et une boîte bleue contenant chacune les échantillons habituels, ça va sans dire, mais aussi des publicités pour plein d'objets curieux, intéressants ou proprement fantastiques, comme ce Nespresso pour nourrissons qui, à la place de café, délivre un biberon à la température idoine. Bref, cette fameuse société de consommation, mais on acceptera peut-être que c'est pour la bonne cause...

Je ne passerai pas sous silence l'industrie des jouets, des cadeaux, des livres, des layettes, des vêtements, les catalogues épais comme des bottins offrant (enfin, je me comprends) berceaux, poussettes, parcs, matelas, coussins, tables à langer, meubles divers et spécialisés...

Les cadeaux... Ah ça, les poupées, les peluches, les marionnettes à un doigt, les livres de conseil, les peluches à musique, les tapis d'éveil, les lampes magiques, c'est tout juste si je n'ai pas dû prendre une camionnette pour vider sa chambre ; deux voitures ont (à peine) suffi.

Les livres de conseil aux parents : très bien fichus, en général, je les feuillette ça, oui, tiens ! ça je n'y avais pas pensé, etc. Et puis je tombe sur la toilette de l'enfant, dès qu'il est en âge de comprendre. "Apprenez-lui à ne pas gaspiller l'eau quand il se lave". Ben oui, gaspiller, c'est idiot, même si c'est une coutume immémoriale et une des grandes découvertes de la sociologie. "Dites-lui que, dans le monde, il y a beaucoup d'enfants qui n'ont pas assez d'eau etc.". Alors là, non. Refaire le coup du mange tes épinards, il y a des petits Chinois qui meurent de faim, pas question. J'avais lu quelques jours plus tôt dans je ne sais plus quel canard les fameux conseils pour consommer moins d'eau, et l'inénarrable "mettez une brique dans la chasse d'eau", qui doit remonter à plus de cinquante ans, quand on trouvait facilement des briques et que le volume d'eau des chasses n'était pas réglable, mais ça, c'était dans la rubrique "faire des économies". Je ne gaspille pas mon eau parce que je la paye, mais je suis prêt à payer un peu plus pour mon confort, et l'idée de prendre des douches en pointillés ("Navy shower") me déplaît. Pas une goutte de l'eau que je conserverais ainsi n'humecterait les lèvres d'un quelconque enfant éthiopien (et à ce propos, il vaudrait mieux essayer de comprendre les causes de ces pénuries, et pas seulement le déficit pluviométrique), mais bien sûr que les pleureuses habituelles me reprocheront mon confort scandaleux quand on voit la misère dans le monde, etc. Je ne sais si ça me scandalise (je n'aime pas ces attitudes moralisatrices, comme cette mode de s'indigner de tout et de rien), je dirais plutôt que ça me révulse, et je sais de quoi je parle. Et à ce propos, je me souviens d'une affichette dans une petite épicerie à Braine (Aisne) dans les années cinquante : "le gaspillage est une insulte à la misère" ; fort bien, mais déjà à mon âge tendre je trouvais que c'était la misère qui était une insulte à l'humanité. Il existe plein d'ONG non misérabilistes qui essayent de tirer les miséreux hors de leur misère et les faire accéder à plus de confort (le premier étant de survivre) ; si vous voulez contribuer, travaillez avec eux ou donnez-leur de l'argent. Voilà une manière intelligente de faire, et non symbolique comme la douche en pointillés.

 

Et toujours dans la rubrique "faites des économies", je me souviens de cette boutade : les lampes à incandescence sont un système de chauffage avec une lumière qui indique qu'il est en marche. Ah ah. D'où évidemment cette interdiction graduelle de ces machines diaboliques.

Un instant. C'est vrai que ces machines chauffent. Mon chauffage central également, mais lui brûle du mazout ; les lampes consomment 60% d'électricité nucléaire, donc (quasiment) neutre en CO2. En été les jours sont plus longs et la Belgique n'est pas un pays torride. Encore une fois, mon électricité, je la paye, et je ne vois pas pourquoi les bureaucrates ont à faire mes arbitrages. Les ampoules néon existaient depuis des années et leur succès était très limité ; on peut se demander pourquoi... On nous les impose du jour au lendemain et personne ne proteste contre leur laideur, leur lenteur d'allumage, leur prix, etc. C'est vrai que tous les magazines de consommateurs nous vantaient leurs mérites (cher mais tellement durable ! vous faites des économies, etc.), mais ça ne prenait pas. On a resservi la fameuse affaire du cartel des fabricants d'ampoules électriques dans les années 20 qui a été bien décrite ici et ici comme étant bien autre chose que ce qu'on pense généralement quand on parle d'obsolescence programmée, cet autre serpent de mer chouchou des télévisions, et ce pour nous prouver qu'on se faisait escroquer. Mais ça ne rendait pas ces fichues ampoules néon plus sympathiques. Alors ? Ben, un passage en force : on interdit.

 

Je suppose que la Commission (et le Parlement) interdira la vente de baignoires à la prochaine catastrophe de sécheresse.

 

P.S. Y a pas qu'en Europe, au Canada ils ont les mêmes pleureuses/activistes

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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 11:10

Vous saviez déjà que les millions de réfugiés climatiques étaient occupés à nous envahir, mais vous ne saviez peut-être pas que le réchauffement global anthropogénique allait engendrer d'autres pestilences, à savoir la guerre ou plutôt les guerres qui vont se multiplier et exploser un peu partout ; d'ailleurs c'est Jancovici lui-même qui l'a dit : une augmentation de 5°C entraînera un bain de sang...

Sauf que là, Jancovici parle un peu en-dehors de son domaine de compétence. Que les militaires et les think tanks fassent ce genre de propagande, grand bien leur fasse, c'est - si l'on ose dire - de bonne guerre. Laissez-venir à moi les petits milliards, pensent-ils, la menace est réelle, on a besoin de nous.

Malheureusement, dès qu'on regarde d'un peu plus près, on s'aperçoit que leurs arguments sont particulièrement creux et tautologiques. Bruno Tertrais, de la Fondation pour la Recherche stratégique, est justement allé regarder de plus près, et a publié le résultat de ses recherches dans un article extrêmement bien fait (et passionnant par surcroît) qui se doit de figurer au menu de tout conversationniste de cocktails ou dîneur en ville.

Bonne lecture !

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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 11:27

L'hystérie collective soulevée par le récent Irene aurait été risible s'il n'y avait pas eu des morts à déplorer. Même Obama est passé à la télé pour annoncer sa sympathie avec une mine grave, les gouverneurs et maires ont été au front et très visibles - après tout, la com, ça les connaît, c'est comme ça qu'on se fait réélire et les leçons de Katrina n'ont pas été perdues. Mais ici aussi, à chaque bulletin d'information on entendait le lot de déclarations alarmistes et les extrapolations cataclysmiques qui finissaient par faire croire que New York allait disparaître de la carte. Le comble de la crétinerie étant la couverture de la Dernière Heure Dimanche (une feuille de chou, mais tout de même !) où l'on voyait une femme sur une plage, cheveux au vent et serrant sa jupe, avec le titre "Apocalypse" en rouge au-dessus...

 

Il est exact que les ouragans qui remontent jusque là ne sont pas fréquents, mais ils n'ont rien d'extraordinaire. Je me souviens de deux ou trois étés où j'étais allé voir la mer déchaînée chez ma soeur qui habite le South Jersey, il fallait faire attention de ne pas se faire retourner la voiture quand elle était flanc au vent. Et les New Yorkais de bonne souche sont prêts à affronter de telles queues d'ouragan comme ils sont prêts à encaisser les éventuels blizzards pour lesquels la ville est célèbre. Mais non ! les commentateurs prenaient leur mine sombre pour parler des vents violents (130 km/h ! Tu parles d'une violence !) et montrer les images tragiques d'une ville vide (sur CNN on voyait des habitants qui avaient refusé l'hystérie collective et étaients restés chez eux et qui en témoignaient avec leur riche consonance urbaine, propos évidemment restés inaudibles ou en tous cas pas traduits dans nos chaînes francophones lorsqu'elles diffusaient les mêmes images).

 

Il y a trois ans, si vous vous en souvenez, c'était Gustav qui avait fait l'objet de commentaires du même genre, et je m'étais fendu d'un post que je ne renie ni ne regrette, au contraire, je pense qu'il s'applique toujours parfaitement à la situation. A une exception près : quand je vois tous les politiciens se tordre les mains sur les écrans, je me dis qu'ils ont peut-être deux messages à faire passer : le premier, c'est évidemment "vous voyez comme je suis actif, votez pour moi", mais le deuxième pourrait bien être "vous voyez ce qui nous attend ? tout ça c'est la faute du RGA et donc il faut de nouvelles taxes, des lois draconiennes, etc." Je ne pense nullement faire preuve de paranoïa, tout comme je ne trouve aucune paranoïa chez Wackes Seppi ni chez Marcel Kuntz quand ils montrent les orientations quelque peu tordues de l'AFP envers les OGM. La politique, c'est tout de même ça (aussi), non ?

 

Quoi qu'il en soit, voici un ordre de coûts des dégâts causés par les ouragans atlantiques les plus dévastateurs, et il ne faut pas oublier que les coûts ne sont pas en relation directe avec la force mais bien plutôt avec l'urbanisation (cliquer dessus pour agrandir).

 

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P.S. J'avais raté un excellent article de Revkin sur les Ouragans atlantiques. Voilà, c'est corrigé.

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Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 23:46

Nous demandons au médecin appelé "le fléau des médecines alternatives" pourquoi tant de gens tombent dans des thérapeutiques non-scientifiques

 

On vous décrit comme un déboulonneur de charlatans à cause de votre travail de tester les médecines alternatives. Est-ce une bonne description de votre travail ?

 

Je n'aime pas du tout ce titre de déboulonneur de charlatans. Je pense qu'il est erroné. Mon but était de faire des recherches rigoureuses dans l'efficacité, la sécurité et le coût de médecines alternatives et complémentaires (MAC). Ce n'est pas le rôle d'un déboulonneur de charlatans. Les résultats sont souvent négatifs, mais pas toujours. Nous avons découvert 20 traitements alternatifs qui marchaient mieux que des placebos. Nous avons aussi trouvé que certaines MAC font plus de tort que de bien.

 

L'attitude du public envers les MAC a-t-elle changé durant vos 18 ans de recherche ?

 

Au Royaume-uni, la progression des MAC est restée généralement constante, mais aux USA elle a quasiment doublé durant la dernière décennie. En Allemagne, environ 75% de la population se tourne vers les MAC au moins une fois par an. On me demande souvent pourquoi les Allemands, qu'on pense rationnels, sont tellement en faveur de thérapeutiques non-scientifiques. Je n'ai pas de réponse.

 

Qu'est-ce qui attire les gens envers la médecine alternative.

 

Je crois que pour beaucoup de gens, c'est une question de mode, une preuve d'être nantis et de pouvoir se permettre rous ces traitements inutiles. C'est comme le slogan de l'Oréal, "je peux me permettre la réflexologie ou l'irrigation du côlon car je le vaux bien". Et puis il y a cette image des MAC qui sont "naturelles" et que tout ce qui est naturel est bon, sans effets secondaires. Et ceux qui sont mourants, à leur dernière extrémité, peuvent être désespéramment à la recherche d'un traitement. Vous n'imaginez pas à quel point on raconte des mensonges à ces personnes. Je n'ai aucune hésitation à dire que c'est le côté criminel de la médecine alternative.

 

Que voyez-vous comme nouvelles tendances ?

 

La médecine holistique est un sujet qui m'énerve prodigieusement. On veut convaincre les gens que c'est ce qu'il y a de mieux - conventionnelle et alternative - mais quand vous allez voir ce qui se cache derrière cette banalité, c'est le charlatanisme qui s'avance masqué pour s'introduire frauduleusement dans la médecine conventionnelle.

 

Pensez-vous que la médecine conventionnelle peut apprendre quelque chose des thérapeutes alternatifs ?

 

Absolument. La compréhension, le temps et l'empathie - ce que nous appelons "l'art médical" - sont négligés par la médecine conventionnelle. Si nous déléguons cela aux thérapeutes complémentaires, nous sapons le coeur de la médecine.

 

Vous avez changé d'avis sur l'efficacité de l'homéopathie. Pourquoi ?

 

Je pense sincèrement que je ne suis que sensible aux résultats. J'ai travaillé dans un hôpital homéopathique et j'étais ouvert à l'idée qu'il y avait des lois naturelles que nous ne connaissions pas. Je pense que l'homéopathie est efficace, mais pourquoi ? Après plusieurs année de recherche, je pense qu'on peut finir par conclure. Si ça marche, c'est grâce à une longue consultation empathique. C'est un puissant effet placebo .

 

Pourriez-vous encore changer d'avis ?

 

Si l'homéopathie - suite à la découverte d'une nouvelle loi naturelle - devait un jour devenir acceptable et si les preuves cliniques montraient que mes conclusions actuelles montraient que j'ai tort, alors je changerais encore d'avis. Je pense que c'est une preuve d'intelligence de changer d'idées quand les preuves changent.

 

Interview de David Cohen

New Scientist du 20 août 2011

 

Edzard Ernst vient de prendre sa retraite du poste de premier (en date) professeur de médecine alternative à l'Université d'Exeter (UK). Il a commencé sa carrière dans un hôpital homéopathique à Münich.

 

Traduit (sans relecture...) par votre serviteur.

 

 

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Mardi 16 août 2011 2 16 /08 /Août /2011 23:04

Voici, en "remasterisé" (ça se dit comment en français ?) les merveilleux films de René Clair, dont ceux de son époque USA. Comment définir cette "French Touch", tout comme il y a la célèbre "Lubitsch Touch"? Comment expliquer que "It Happened Tomorrow" semble tellement français malgré son sujet et son mode d'exposition (tout de même, reconnaissons-le, assez Drôle de drame, moins l'aspect parfois assez carré de Carné) ? Différence aussi des acteurs, toujours (sublimement) cabots en France et moins théâtraux aux USA (je ne parle évidemment pas de l'Actors' Studio) ; même si j'admire Rivette et Rohmer, il faut admettre que, par exemple, Paris nous appartient ou Astrée et Céladon sont d'abominables pensums.

Il y a dans ce film une fraîcheur (je n'ai pas peur des clichés, on le sait) étonnante. On pense aux comédies britanniques de l'époque et d'après, aux films de la Rank, genre Mackendrick. Mais ça se passe aux USA...

Comme d'une certaine façon, paraphrasant Mozart, "il n'y a pas une scène, pas une image de trop...". La caméra est domptée, les chefs op' (Stout et Schüfftan, que je ne connais pas) ont fait un beau travail, certes pas sublime, mais parfaitement acceptable.

A voir ou à revoir, comme on dit généralement.

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Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 22:54

L'autre vendredi, me voici revenant du marché de la place Dumon, traînant derrière moi un caddy richement garni de tout son attirail purement certifié bio, évidemment (trois fois plus cher qu'au prochain Delhaize mais 1.2 fois moins cher qu'au marché de la place du Châtelain) Et voilà qu'en passant dans le petit parc jouxtant ladite place, je vois un flûtiste, mon semblable, mon frère, occupé à jouer non le Prélude à l'après-midi d'un faune, dont l'introduction à la flûte est d'une difficulté démoniaque (le SOUFFLE !), mais je ne sais quel Taffanel et Gaubert, exercice certes, mais tellement plaisant. J'aime offrir une obole à ceux qui ne se contentent pas de tendre la main (sauf s'ils sont de beaux vieillards maghrébins ou ruthènes ou je ne sais d'où  - oui, j'ai mes contradictions).

Et voilà que mon bon flûtiste me répond : "Ah merci, Monsieur, je prends votre euro pour prendre un café au Degust'house à côté, mais vous savez, je joue de ma flûte ici parce que ma femme déteste m'entendre ! Trop de bruit ! Elle m'a exilé ici où je peux m'éclater !".

Vrai, pas vrai ? Je n'en sais rien... Il a pris son euro et depuis je ne l'ai plus vu. Händel, après, confrère ?

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