Mardi 13 octobre 2009

C'est vrai qu'on nous avait un peu fait marcher avec la grippe aviaire qui allait tous nous trucider ; je me souviens même qu'à Phnom Penh j'avais été privé d'oeufs au petit déjeuner, privation épouvantable mais les ordres étaient stricts.
Il faut reconnaître tout de même que cette grippe avait tué pas mal de gens, mais dans des pays lointains, comme, justement, le Cambodge ou la Thaïlande (ah, ces horribles images de milliers de poules enterrées vives au bulldozer ! On aurait dit que les hommes se vengeaient...).

Au début de la tempête médiatique sur la A-H1N1, j'avais donc été quelque peu réservé et plutôt étonné de lire des articles presque incendiaires et terrorisants dans le New Scientist, généralement assez modéré. La position de l'OMS était compréhensible, dès lors que justement elle doit s'occuper du monde entier, et d'un monde où les conditions sanitaires sont souvent assez déplorables. Je ne m'attendais pas - étais-je bête ! - à ce que l'opinion publique se retourne brutalement et se mette à protester sur l'air du "on en fait trop !". On sait qu'il y a de forts courants anti-vaccins et anti-labos pharmaceutiques dans les pays anglo-saxons, mais je ne m'attendais pas à ce que ces sectes se mettent à proliférer dans nos pays rationalistes et cartésiens, n'est-ce pas. La complotite aiguë était peu française jusqu'il y a peu, mais elle se répand plus vite que la grippe : tout ça, bien sûr, c'est la faute à Sarkozy (on sait bien que tout est la faute à Sarko), et au big-Pharma, et aux multinationales, et aux banques, et aux traders, et au capitalisme. Ils vont tous se donner la main et profiter d'une pandémie inventée de toutes pièces pour faire passer des ordonnances scélérates et liberticides en-dehors de tout contrôle républicain. J'exagère à peine, il faut lire le petit bijou cosigné évidemment par Mamère, Buffet et Besancenot, les trois Bozos inévitables des refrains de ce genre.

Certes, les politiques ont pris tellement sur la tronche ces derniers temps (affaires du sang contaminé, de la vache folle etc) qu'ils en remettent une couche, ils avancent vraiment sur des oeufs de peur de devoir paraître dans un prétoire en cas de pépin. Mais enfin, c'est tout de même à ça qu'ils servent !

Je ne vais certes pas revenir sur le bien-fondé de la vaccination, dans le pays de Pasteur je me ferais mettre à l'index... même si c'est Jenner qui... L'éradication (sans doute) totale de la variole et la quasi-disparition de la polio ne sont évidemment pas dues aux progrès foudroyants de l'homéopathie ou aux bienfaits du végétalisme. (*)

Mais voici qu'une "initiative citoyenne" agite le petit monde bruxellois, avec, comme représentant, notre inusable Georges-Henri Beauthier, l'homme qui ne transige pas sur les libertés, lui ! D'après cette initiative citoyenne (dieu que ce genre de locutions me sort par les oreilles), il y aurait une sombre machination gouvernementale visant à rendre la vaccination obligatoire, réduire le pays à la botte du gouvernement (voir ci-dessus) et  exonérer les labos en cas d'accident de vaccination.

Pour ce qui est de l'obligation vaccinale de la A-H1N1, il n'en est évidemment pas question, personne n'y pense ; cela étant, en cas de pandémie grave, comme pour la variole autrefois, ce serait évidemment une autre histoire. Que certains adjuvants puissent faire l'objet de questions, c'est possible, mais on y travaille, Georges-Henry, on y travaille...
Toute campagne de vaccination comporte des risques. Il y a toujours des accidents, et c'est un drame pour les familles touchées. On sait combien les Américains (je finirai sans doute par dire les Etatsuniens comme tout le monde, mais ça me paraît encore trop horrible, et puis pour être précis il faudrait dire les Américano-Etatsuniens, zut, je continuerai à les apperler les Amerloques) sont procéduriers, et combien ils ont tendance à faire des procès pour exiger des dommages et intérêts colossaux (punitive damages). Les labos ont dû débourses des centaines de millions de dollars pour des procès (réglés généralement en out of court settlements) intentés lors de vaccinations, procès souvent intentés avec l'appui de groupes anti-vaccins, la vaccination étant vue par certains comme une gigantesque machination communiste pour affaiblir le vaillant peuple américain, un peu comme certains voient le SIDA (et même le A-H1N1 !) pour détruire l'Afrique. En 1986, le gouvernement américain  a instauré une responsabilité sans faute pour les producteurs de vaccins infantiles et limité leur responsabilité tout simplement parce que ces producteurs menaçaient d'abandonner le marché . On trouvera dans le Scientific American d'octobre un
excellent éditorial à ce sujet. Et il est tout à fait compréhensible que la Commission européenne ait voulu suivre cette voie dans des cas exceptionnels :

Member States may temporarily authorise the distribution of an unauthorised medicinal product in response to the suspected or confirmed spread of pathogenic agents. This encompasses pandemic situations, such as the Influenza A (H1N1) 2009 pandemic. In such a case marketing authorisation holders, manufacturers and health professionals are not subject to civil or administrative liability for any consequences resulting from the use of a vaccine when such use of an unauthorised vaccine is recommended or required by a competent

authority in response to the pandemic situation. (le document complet se trouve ici)


Mais bien entendu, notre vaillant garant des Droits de l'Homme (**) ne voit là qu'une basse manoeuvre dictée par les infâmes multinationales de la mort...

(*) mais je ne me suis jamais fait vacciner contre le choléra. Toujours le rapport coût/bénéfice.
(**) Notez qu'en général je l'aime bien, mais parfois il m'agace.

Par cdc - Publié dans : sciences
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Mercredi 7 octobre 2009
Lu dans une dépêche d'agence :

Invité chez "Phara" (Canvas), le cardinal Danneels s’est exprimé sur l’interdiction générale du voile, même s’il a "du mal à répondre à cette question pourtant d’une grande importance sociale". "Si le foulard est un pur symbole religieux, on ne peut l’interdire", estime le cardinal. "Je porte une croix mais n’oblige pas d’autres chrétiens à en porter. Si le voile est un symbole strictement religieux, je dis : je le permets. S’il est imposé sous la pression, un symbole de non intégration, ou une manière d’opprimer la femme, il y a un problème." Mais une interdiction générale n’est pas idéale pour lui.

"Il y a un problème". Une paille. Un incident, une bêtise.
Remarquons que la CSC (le syndicat catholique) cherche à faire casser les règlements d'ordre intérieur qui prohibent le port de couvre-chefs en classe.
Par cdc - Publié dans : politique
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Mardi 6 octobre 2009

 Il est paru dans divers journaux belges plusieurs éditoriaux concernant le mouvement de protestation des producteurs de lait, et tous faisaient  évidemment l'éloge, la louange, la gloire du petit fermier aimant la nature et le bon air, face à l'immonde industrie laitière. Allant jusqu'à dire que Fischer-Boel étant danoise, elle ne pouvait que favoriser ce mode de production bien de chez elle.

Tout cela est évidemment ridicule. D'abord, ce n'est pas un Commissaire qui fait une politique, c'est toute la Commission qui entérine, et puis le Parlement et le Conseil en débattents, même le Comité Economique et Social intervient - jusqu'au Comité des Régions, si j'ai bonne mémoire ; d'autre part, les fermiers, paysans ou quelle que soit la manière de les nommer sont des producteurs, ce n'est pas une honte de le dire, même si pour certains, le terme "productiviste" soit la pire injure qu'on puisse imaginer. Je ferai simplement remarquer que cette affreuse agriculture "productiviste" a tout de même permis à notre monde occidental de ne plus connaître ni disette ni - évidemment - famine depuis bien longtemps. L'Europe a commencé avec la CECA, pour ceux qui l'auraient oublié, charbon et acier censés réconcilier les deux grands producteurs et éviter une nouvelle bagarre de la Ruhr. La PAC a été créée dans la foulée pour assurer l'autosuffisance alimentaire européenne (ça peut sembler idiot, maintenant, mais il faut avoir connu cette époque pour se rendre compte du chemin accompli. Pour aller en France, mon père devait aller demander un "tryptique" - c'était son nom - au Touring Club de Belgique, le présenter à la frontière et, en ressortant du pays, exhiber la voiture pour prouver qu'il ne l'avait pas vendue sur place. Tout voyage devait s'accompagner de liquide, les cartes de débit étant inconnues et les cartes de crédit très peu répandues ; les eurochèques ont commencé à circuler en 1970 ou 1971, et encore de manière restrictive, seules les banques pouvant les escompter et je me souviens d'avoir été regardé de travers dans certaines banques du fond de l'Italie, où on avait tendance à me prendre pour un escroc international. Fin de la parenthèse "de mon temps c'était nettement moins bien"). Et la PAC a dérivé, engloutissant plus de la moitié du budget européen, subventionnant largement les agriculteurs (mais pas nécessairement ceux qui en avaient le plus besoin), qui se rebellaient chaque fois qu'on voulait toucher au monstre. C'était l'époque où à chaque Conseil Agri, les tracteurs convergeaient vers le Charlemagne (on a même dû abattre une vache qui s'était cassé une patte dans les escaliers), sans parler du sac de Bruxelles en 1971, contre Sicco Mansholt ; être Commissaire à l'agriculture n'a jamais été une partie de plaisir.

Je ferai aussi remarquer que la fameuse "traçabilité" est évidemment plus aisée à réaliser dans un environnement industriel, ainsi que les contrôles de qualité. Les agences de sécurité alimentaires sont une invention récente, et la nourriture (tout comme l'environnement en général) n'a jamais été aussi surveillée ni contrôlée. Les lamentations sur la standardisation résonnent depuis les années soixante, mais le moindre supermarché présente incomparablement plus de produits qu'il y a quarante ans ; il fut un temps, c'est vrai, où on ne trouvait quasi plus que des Granny Smith ; c'est bien fini.

Bien sûr, il y a le mythe du "petit producteur", à croire que le rôle de paysan est d'être un garde des Eaux et Forêts. Et chez Rob, il y a le coin du "petit producteur", où l'on propose telle ou telle production, soignée, certes, de bonne qualité, je l'admets, au double du prix, je le constate, et les prix chez Rob sont déjà pas piqués des vers.

Le lait est un produit de base, il est normal que son prix soit aussi bas que possible. On accable la grande distribution, dont les marges sur les produits laitiers sont très bas (je ne suis pas leur défenseur masqué), on oublie de dire qu'en juin déjà la Commission avait acheté et congelé plus de 100.000 tonnes de beurre, que la poudre de lait sert à nouveau de nourriture au bétail et que, pour employer les
euphémismes de la Commission : "Les restitutions à l'exportation, permettant à l'UE de vendre ses produits agricoles à des prix compétitifs sur le marché mondial, ont été réactivées pour tous les produits laitiers", autrement dit, le protectionnisme a repris tous ses droits...

Et puis, je le répète, j'enrage en entendant les producteurs de lait wallons appeler à plus encore de protectionnisme alors qu'ils exportent la moitié de leur production !

Par cdc - Publié dans : social
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Lundi 5 octobre 2009
Ben oui...
Par cdc - Publié dans : amusé
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Vendredi 2 octobre 2009

Mme Ska est Secrétaire-général de la CSC, le syndicat catholique belge (même s'il se dénomme plutôt chrétien et même si son parti politique frère a récemment pris la dénomination d'humaniste). Mme Ska est pour la taxation du gazole (oui, je l'écris comme ça. Une foucade subite). C'est fort bien, fort respectable et parfaitement raisonné. Mme Ska est également pour la taxe sur les billets d'avion et dénonce le chantage à l'emploi qui a torpillé sa mise en oeuvre, particulièrement en Région wallonne ; à l'entendre, il n'est pas juste que les compagnies aériennes échappent à la "vérité des prix". Ce qui serait vrai si justement cette taxe au billet n'était pas une taxation de plus, utilisée par-ci par-là pour financer l'aide aux PMA ou pour alléger tout simplement les déficits budgétaires. C'était d'ailleurs une taxe de luxe comme on disait il y a, oh ! longtemps, puisque la taxe sur les billets de 1e était considérablement plus élevée que la taxe coach. Ah, Madame Ska, ne croyez pas que voyager en avion soit un privilège de riches, un avion en coach, c'est une bétaillère, j'en sais quelque chose...
Et puis, Mme Ska veut rendre le prix de l'électricité progressif à la consommation :"l'énergie que quelqu'un qui a les moyens utilise pour chauffer sa piscine est moins chère que celle dont on a besoin pour chauffer sa maison". Nous voici encore avec cette
hantise de la piscine, qui doit chez les politiques et les syndicalistes être le comme le banquier avec haut-de-forme et cigare pour les caricaturistes. Je connais pas mal de personnes qui ont des piscines, un peu moins qui ont des piscines chauffées (j'en connais même un qui a une piscine refroidie !), mais aucun  avec une piscine chauffée à l'électricité. Il est vrai que je connais trop peu de milliardaires ostentatoires.
Enfin, Madame Ska rejette toute hausse des accises sur le gazole de chauffage ou le gaz naturel. Mais elle est tout de même pour le coût-vérité. Comprenne qui pourra.

Alors donc,
Monsieur Magnette a pris sa décision : on prolongera de dix ans l'exploitation des trois premières centrales nucléaires. Comme c'est inattendu ! Et la loi de 2003, alors ? Aurait-ce été, comme les éco-taxes, un appât pour les Ecolos ? Je ne puis croire à tant de noirceur. Et ce rapport Gemix, ce doit être une sombre machination ourdie par les Pieds Nickelés. C'est en tout cas ce que les Verts vont vouloir clamer, mais ce sera un peu difficile, les conclusions sont assez incontestables. Cela dit, à relire l'histoire de la Révolution culturelle, on sait que l'idéologie est inoxydable et que les "faits" sont des croyances bourgeoises et réactionnaires, camarades ! C'est du moins ce que m'expliquait naguère un condisciple communiste en parlant de la belle devise de l'ULB : "La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d’être" (Poincaré, Bruxelles, 1909). Pour lui, l'exploitation de la classe ouvrière étant un fait, Poincaré et al. devaient l'accepter et s'y soumettre... Et cependant, ce garçon était intelligent, mais les oeillères ça marche comme ça.
Enfin, heureusement que l'énergie est encore une responsabilité fédérale, sinon on en sera bientôt à jouer les Benjamin Franklin avec cerf-volants pour alimenter la pompe à chaleur.

Ah, magnifique soirée, hier, entre In Store et D&A. Que du beau monde, que du Roederer, que du traiteur Lorier, que des meubles design stupéfiants, et, couvrant le jardin, une superbe tente "bio" (organic en anglais) provenant d'Afrique du Sud, toute blanche et sans doute en préservatifs recyclés, avec de magnifiques étais en vraies branches d'arbre.
 Eblouissant.
Ah oui, il faisait bien frisquet, hier soir ; on avait donc dû mettre une demi-douzaines de brûleurs à infra-rouges. Mais à part ça... 

Par cdc - Publié dans : actualité
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