Mercredi 6 mai 2009
J'aime bien Thierry Michel, il a le don de faire des films complexes (parfois un peu trop...), l'air de rien mais qui en dit beaucoup. Son Mobutu, roi du Zaïre décrit un personnage détestable mais incontestablement fascinant, ainsi que tous les pantins qui lui tournent autour (ah, voir Monseigneur Monsengwo - le héros de ma belle-soeur - souffler dans un mirliton lors d'un raout donné par Mobutu, quel régal !).

Congo River était d'abord un document humain remarquable, qui s'égarait on ne sait trop pourquoi dans un retour à Gbadolite, la demeure princière mais détruite de l'ancien dictateur. C'est ce que mon prof de français appelait "des pralines dans la mayonnaise" - exquis séparément mais moins succulents ensemble.

Très sincèrement, Katanga Business m'a déçu ; le film va dans tous les sens, commence un thème passionnant (les creuseurs) et l'abandonne assez vite, puis explore de la même manière quelques autres faits divers et ne permet pas une réflexion un peu continue. Dans une interview sur
Dailymotion, Thierry Michel explique son intérêt pour Katumbi, la vedette du film - il crève l'écran (bien plus que l'affreux Forrest qu'on nous sert jusqu'à l'écoeurement-c'est sans doute voulu...). Personnage complexe, certes, "populaire, populiste et berlusconien", mais quelque peu histrion tout de même (on devine à la fin du film que le peuple, un jour, à force d'avoir été berné par les fanfaronnade du bonhomme finira par le lyncher).

Cela étant, vous pouvez toujours compter sur les critiques (et pas seulement l'inévitable
Télérama) pour parler avec l'indignation convenue et habituelle de privatisation, de mondialisation, de pillage... bref "la démonstration est implacable". Privatisation de la Gécamines, ah oui, quel scandale... Quand on voit ce qu'elle était devenue aux mains d'un "Etat" prédateur, on s'en félicite, encore que le Canadien à sa tête (j'ai oublié son nom) semble un fantoche qui ne connaît même pas le pourcentage de son contrat avec M. Min. Pillage, certes - mais par qui ? Par les éternels coupables de tous les maux (i.e. nous) ou bien par ces nouveaux c.d.t.l.m. que sont les affreux Chinois ?

Non, justement, Thierry Michel ne fait pas, jamais de démonstration (écoutez son interview !). Il montre (pas très bien ici, à mon avis), fait réfléchir, donne la parole mais n'accuse pas. On dirait qu'il conserve même un peu de sympathie pour les pires protagonistes de ses histoires. C'est sans doute un amoureux de l'Afrique (et spécialement du Congo), ce n'est pas un altermondialiste militant, quoi qu'en disent les porteurs d'oeillères habituels.

A la fin de son interview Thierry Michel laisse passer un message d'espoir sur l'avenir du Katanga - et de l'Afrique ; je vous assure que cet espoir ne transparaît nullement à la vision de son film, hélas...
Par cdc - Publié dans : cinéma
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Mardi 28 avril 2009
On n'écoute pas assez la radio. Tenez, ce matin il y avait une dame fort sympathique qui nous présentait son livre, un recueil de contes coréens très beaux, très touchants, très nostalgiques. Il y avait par exemple l'histoire de la rivière disparue (c'était devenu un égout dans la ville), et comme c'était mieux avant, quand la nature était vierge, et que la rivière coulait, et que les hommes (et les femmes, bien sûr, on n'est pas sexiste) écoutaient le murmure de l'eau, et se racontaient paisiblement des histoires sous les arbres, en pleine nature, et qu'ils écoutaient les gazouillis des oiseaux et tous les bruissements de la nature... Ah, que c'était beau !

Et puis, juste après, mais sur la 3e chaîne, c'étaient les questions des auditeurs, cette fois à propos du H1N1 du moment (si vous ne voyez pas ce que c'est, vous vivez sur Mars). Et l'un de ces auditeurs de s'indigner que les "pays en développement" (i.e. pauvres) n'avaient ni les moyens financiers ni les moyens logistiques de lutter contre l'épidémie, à quoi le spécialiste interrogé devait reconnaître que, oui bien sûr, ces pays allaient sans doute payer un lourd tribut. Il n'idéalisait pas la Nature, lui, et moi non plus qui reviens d'un des pays les plus pauvres de la planète. Admirer un coucher de soleil enchanteur sur la savane, c'est merveilleux quand on est vivant et en bonne santé ; mais la mortalité infantile ravageuse et l'espérance de vie moyenne de 40 ans sont des petits bémols à un rousseauisme mal digéré. Palu, TB, sida, je sors d'en voir, et ce n'est pas beau.

A-t-on le choix, d'ailleurs ?

Par cdc - Publié dans : amusé
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Dimanche 26 avril 2009

On connaît l'engouement actuel (et justifié) pour les habitations passives, c'est-à-dire pour ceux qui - tout à fait extraordinairement - n'en auraient pas entendu parler, un immeuble où le chauffage, la ventilation et, dans la mesure du possible, l'éclairage sont réalisés sans apport d'énergie "artificielle".

De nombreuses réalisations existent de telles constructions, approximant plus ou moins le but visé, parfois d'ailleurs avec des résultats catastrophiques pour les habitants, mais il est évident que l'avenir est à la maison (et plus généralement l'immeuble) presque passif.

Cependant, lorsque vous discutez de ce problème avec des enthousiastes (et particulièrement des
adeptes un peu naïfs du biomimétisme), vous pouvez parier qu'on va vous ramener l'histoire des termites "qui ont mis au point" (je n'invente pas la phrase, je l'ai entendue ce matin-même) les termitières dont le climat interne est régulé au degré près malgré une variation extérieure de plusieurs dizaines de degrés.

Certes, mais minute, papillon ! D'abord, les termites vivent dans des galeries, sous terre, sont poïkilothermes (i.e. "à sang froid") et n'ont pas besoin de lumière. La structure d'une termitière est d'abord une merveille de ventilation plus que d'homéothermie, mais surtout, surtout, ce n'est nullement une structure passive ! Les termites n'arrêtent pas de la modifier et de transporter le sol sans arrêt afin d'adapter les conditions internes aux exigences de la colonie.

Mais n'ayez crainte, on vous la servira encore souvent...

Par cdc - Publié dans : sciences
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Mercredi 22 avril 2009
Nouveau séjour en Côte d'Ivoire (mais cette fois sans le détour de cauchemar au Libéria), ce pays qui avec le Sénégal était considéré comme un paradis africain, loin du marais de centre Afrique et de ses inquiétants dictateurs plus ou moins mis en place et tenus à bout de bras par les Occidentaux, ou des divers bastions plus ou moins alignés malgré leurs prétentions à ne pas l'être. Non, Senghor était porté aux nues (mais la Françe a boudé ses funérailles, préférant honorer de sombres crapules peut-être plus obéissantes) et  Houphouët-Boigny était le type même du despote éclairé, certes pas trop à cheval sur la démocratie, mais pour le bien de ses concitoyens, n'est-il pas vrai ?

Je n'en étais tout de même pas resté au
Gentleman de Cocody, et je me doutais bien que dix ans de guerre intestine avait laissé des traces, d'assez vilaines traces pour tout dire. Première constatation, dans un registre un peu léger, les restaurants d’Abidjan sont vides, jour après jour, et même le week-end ne ramène pas le client. Sans doute les petits maquis sont plus épargnés, mais ceux qui ont pignon sur rue rament un peu – je ne parle évidemment pas de la célèbre rue Princesse de Yopougon, car à vrai dire je n’aime ni la cuisine ni la musique qu’on y sert, sans parler de la prostitution enfantine qui y sévit.

 

Par contre, les vins servis jusque dans les maquis les plus moyens sont à tomber par terre. Saint-Juliens prestigieux, Pomerols sublimes, Pessac-Léognans à faire rêver, la liste est longue (et les prix élevés). Certes, les Français ont précipitamment quitté le pays en 2004, et il se pourrait qu’il y ait eu un transit de caves, sait-on jamais ?

 

Félix, un ancien du Ministère qui nous occupe, nous fait remarquer le premier jour qu’il y a bien peu de monde dans les bureaux, en gros rien que les cadres supérieurs et la Ministre ; c’est vendredi, le jour habituel en Côte d’Ivoire pour s’occuper de la famille, les vivants comme les morts, et puis pour commencer le week-end. Et le week-end est tellement fatigant qu’on ne commence réellement la semaine que le mardi – lundi est un autre jour fantôme. Il en rit avec ce fameux « rire africain » qui est une manière comme une autre de conjurer le sort, ou de faire semblant qu’après tout mieux vaut ça que pleurer, ou tout simplement une marque de courtoisie (c’est aussi parfois une manière de couper la communication, version africaine du sourire oriental). Difficile d’envisager un développement avec trois jours par semaine, évidemment ; il faudrait envoyer ici un escadron d’alter-mondialistes pour leur enseigner un alter-développement bien éloigné de l’affreux « modèle occidental ».

 

Bien entendu, on parle beaucoup des "événements", ici. Les Ivoiriens de la capitale enragent au simple nom de Chirac, les Français qui restent (il y en a peu)    rappellent le sinistre "Chacun son Blanc !" qui a mené à des destructions, à des pillages et à des viols en nombre, mais pas à des morts, heureusement. Félix admet bien vite que les "jeunes patriotes" auteurs de ces méfaits étaient des nervis envoyés par le pouvoir, qui ne se priva pas, paraît-il, de conférer très rapidement la nationalité ivoirienne aux mercenaires russes qui combattaient pour lui, au lieu de l'accorder aux descendants des Burkinabès qui habitaient le pays depuis plusieurs générations... "Oh, vous savez, nous dit Mme G qui tient un restaurant (comme il ne bat plus que d'une aile, elle lui a adjoint un claque), on a beau dire, on trouvera des charniers, ne vous en faites pas !". Des charniers d'Africains, bien sûr, sans doute autant du fait des soldats ivoiriens que de celui des rebelles, mais on n'en a pas (encore) trouvé. Mais de là à ne pas s'en faire...

 

Et voici, le troisième barrage est le bon. On avait passé sans encombre les deux premiers grâce au frère de Félix, inspecteur de police, mais qui va penser à un barrage dès 20 heures ? Ah, c’est sans compter sur le brigadier futé qui arrête les taxis à Treichville, en face des restaurants…

« Vos papiers… », eh oui, sauf qu’évidemment on  a laissé nos passeports dans le coffre de l’hôtel…

« Oh, mais c’est très grave ! » déclare le pandore d’une voix gourmande ; il se régale en pensant à tout ce qu’il va pouvoir nous soutirer. Les champs amoébées se développent longuement, puis vient le marchandage proprement dit. Certes, il ne peut – quoi qu’il en dise – nous emmener au poste (il perdrait son bakchich), mais il peut nous retenir des heures, et j’ai faim. A la grande fureur de C., je transige à 10.000 CFA, ce qui est une somme considérable (environ 17 €), au désespoir du taximan aussi, d’ailleurs, qui ne touche que la moitié de cette somme pour sa course. « C’est pratique d’être policier, ça rapporte » nous dit-il avec amertume.

 

Bien, on fera mieux la prochaine fois, mais le lendemain c’est le départ pour Bouaké, en plein pays rebelle, on accumule donc les petites coupures…

(à suivre...)

Par cdc - Publié dans : actualité
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Dimanche 19 avril 2009

On a beau être en Afrique, on emporte sa patrie à la semelle de ses souliers ou plus précisément à l'écran de son laptop, page après page des nouvelles sur le Net. Où l'on apprend une n-ième mini-turpitude de nos élus (de leurs élus, devrais-je dire, puisqu'il s'agit du Parlement wallon et d'une brochette de ses représentants, dont les fameux José-les-voix-de-préférence et Jean-Pierre-youp-la-boum, ayant fait une petite virée aux USA aux frais de l'Elysette).

Pas de quoi en faire un plat de lentilles, si ce n'est ce détail qui me fait sursauter : selon le Citizen Kane de service aux dépêches, les parlementaires étaient accompagnés par (je cite) leurs épouses... Les bonnes âmes se sont déjà émues des mariages homosexuels, devront-elles à l'avenir faire avec la polygamie ???


La grammaire fout le camp, mon bon monsieur, la grammaire fout le camp...

Par cdc - Publié dans : amusé
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